{"id":4004,"date":"2026-08-01T23:39:29","date_gmt":"2026-08-01T21:39:29","guid":{"rendered":"https:\/\/anadel.fr\/?page_id=4004"},"modified":"2026-08-15T22:11:19","modified_gmt":"2026-08-15T20:11:19","slug":"le-labyrinthe-une-histoire-de-legarement-ou-de-dedale-a-borges","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/le-labyrinthe-une-histoire-de-legarement-ou-de-dedale-a-borges\/","title":{"rendered":"Le labyrinthe :  de D\u00e9dale \u00e0 Borges"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Pourquoi, depuis plus de deux mille ans, le labyrinthe continue-t-il de fasciner artistes, \u00e9crivains et architectes ?  <\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-media-text is-stacked-on-mobile\"><figure class=\"wp-block-media-text__media\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.cineclubdecaen.com\/cinepho\/peint\/masson\/labyrinthe.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure><div class=\"wp-block-media-text__content\">\n<p class=\"has-text-align-left wp-block-paragraph\">Andr\u00e9 Masson, le Labyrinthe,1938, MNAM<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left wp-block-paragraph\"><sub>Andr\u00e9 Masson r\u00e9interpr\u00e8te le mythe du Minotaure en fusionnant le monstre et le labyrinthe en une seule figure. Cette \u0153uvre surr\u00e9aliste, inspir\u00e9e par la tauromachie et marqu\u00e9e par un climat d\u2019angoisse \u00e0 la veille de la Seconde Guerre mondiale, m\u00eale formes humaines, animales, v\u00e9g\u00e9tales et architecturales dans un univers hybride, au bord du chaos.<\/sub><\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">Andr\u00e9 Masson, le Labyrinthe,1938, 120 cm * 61 cm, MNAM<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><strong>Aux origines du labyrinthe : Minos, D\u00e9dale, le Minotaure et Ariane<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il existe des images qui traversent les si\u00e8cles sans perdre leur pouvoir de fascination. Le labyrinthe est de celles-l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis plus de deux mille cinq cents ans, il ne cesse de r\u00e9appara\u00eetre sous des formes toujours nouvelles. On le rencontre dans les mythes grecs, sur les mosa\u00efques romaines, au c\u0153ur des cath\u00e9drales m\u00e9di\u00e9vales, dans les jardins de la Renaissance, les gravures vertigineuses de Piran\u00e8se, les architectures impossibles d\u2019Escher, les r\u00e9cits de Jorge Luis Borges ou encore les romans d\u2019Umberto Eco.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Peu de symboles ont connu une telle long\u00e9vit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourtant, le mot \u00ab labyrinthe \u00bb \u00e9voque aujourd\u2019hui des r\u00e9alit\u00e9s tr\u00e8s diff\u00e9rentes. Il peut d\u00e9signer un monument antique, un jardin aux haies soigneusement taill\u00e9es, un simple jeu, une construction mentale, une biblioth\u00e8que infinie ou m\u00eame une situation dont il semble impossible de sortir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourquoi une m\u00eame image a-t-elle pu traverser autant d\u2019\u00e9poques en changeant sans cesse de sens ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 premi\u00e8re vue, le labyrinthe para\u00eet \u00eatre un lieu o\u00f9 l\u2019on se perd. Mais cette d\u00e9finition est-elle suffisante ? Est-il seulement un pi\u00e8ge destin\u00e9 \u00e0 \u00e9garer celui qui s\u2019y aventure ? Ou repr\u00e9sente-t-il quelque chose de plus profond : le cheminement de l\u2019existence, la difficult\u00e9 de choisir sa route, la recherche de la v\u00e9rit\u00e9, les d\u00e9tours de la pens\u00e9e ou encore les \u00e9preuves qu\u2019il faut traverser pour se d\u00e9couvrir soi-m\u00eame ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il existe une autre singularit\u00e9 du labyrinthe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Contrairement \u00e0 la plupart des monuments, il est presque impossible de le comprendre lorsque l\u2019on se trouve \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Celui qui le parcourt ne voit que quelques m\u00e8tres devant lui ; il ignore la forme d\u2019ensemble de l\u2019\u00e9difice. En revanche, celui qui le regarde d\u2019en haut en per\u00e7oit imm\u00e9diatement toute l\u2019organisation. Le labyrinthe poss\u00e8de ainsi une double nature : il est une exp\u00e9rience pour celui qui s\u2019y engage, mais aussi une figure g\u00e9om\u00e9trique pour celui qui l\u2019observe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette opposition entre le voyageur et le spectateur explique sans doute pourquoi les artistes se sont si souvent empar\u00e9s de ce motif. Le labyrinthe est \u00e0 la fois une architecture, une image et une histoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Car avant de devenir un symbole, il fut d\u2019abord un r\u00e9cit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Son origine se trouve dans la mythologie grecque, au c\u0153ur de la Cr\u00e8te l\u00e9gendaire, o\u00f9 se croisent le roi Minos, l\u2019ing\u00e9nieux D\u00e9dale, le Minotaure, Th\u00e9s\u00e9e et Ariane. C\u2019est l\u00e0 que na\u00eet l\u2019un des mythes les plus f\u00e9conds de la culture occidentale. Au fil des si\u00e8cles, ce r\u00e9cit ne cessera d\u2019\u00eatre r\u00e9invent\u00e9. Tant\u00f4t prison, tant\u00f4t chemin initiatique, tant\u00f4t image du monde ou m\u00e9taphore de la connaissance, le labyrinthe accompagnera l\u2019histoire de l\u2019art, de la litt\u00e9rature et de la pens\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 nos jours.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour comprendre pourquoi il continue de nous fasciner, il faut donc revenir \u00e0 son commencement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 la Cr\u00e8te, o\u00f9 na\u00eet l\u2019un des plus c\u00e9l\u00e8bres r\u00e9cits de la mythologie grecque.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/cdn.essentiels.bnf.fr\/media\/images\/cache\/crop\/rc\/DP5JFDbx\/uploads\/media\/image\/20211026181605000000_pas_2519.jpg\" alt=\"Le labyrinthe de Cr\u00e8te et l\u2019histoire de Th\u00e9s\u00e9e et d\u2019Ariane\"\/><\/figure>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">Le labyrinthe de Cr\u00e8te et l&#8217;histoire de Th\u00e9s\u00e9e et d&#8217;Ariane, gravure, XV\u00e8me<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le premier labyrinthe<\/strong> (de D\u00e9dale)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Fils de Zeus et d\u2019Europe, Minos r\u00e8gne sur la Cr\u00e8te. Pour affermir son pouvoir, il demande \u00e0 Pos\u00e9idon de faire surgir de la mer un taureau qu\u2019il promet de lui sacrifier. Le dieu exauce sa pri\u00e8re, mais Minos, fascin\u00e9 par la beaut\u00e9 de l\u2019animal, refuse de tenir sa promesse et tente de tromper le dieu en sacrifiant un autre taureau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La punition est terrible. Pos\u00e9idon inspire \u00e0 Pasipha\u00e9, l\u2019\u00e9pouse de Minos, une passion irr\u00e9sistible pour l\u2019animal sacr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour satisfaire ce d\u00e9sir impossible, la reine fait appel \u00e0 D\u00e9dale, le plus grand inventeur de son temps. Architecte, ing\u00e9nieur et artisan de g\u00e9nie, il construit une vache artificielle dans laquelle Pasipha\u00e9 peut se dissimuler. De cette union contre nature na\u00eet Ast\u00e9rion, plus connu sous le nom de Minotaure, cr\u00e9ature au corps d\u2019homme et \u00e0 la t\u00eate de taureau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Honteux de cette naissance, Minos ordonne \u00e0 D\u00e9dale de construire une prison dont nul ne puisse s\u2019\u00e9chapper. L\u2019architecte imagine un \u00e9difice si complexe que celui qui y p\u00e9n\u00e8tre perd tout sens de l\u2019orientation. Virgile c\u00e9l\u00e8bre \u00ab le lacis de ses couloirs et la ruse de ses mille d\u00e9tours \u00bb, tandis qu\u2019Ovide compare ses galeries au fleuve M\u00e9andre, dont les m\u00e9andres semblent revenir sans cesse sur eux-m\u00eames. Pour la premi\u00e8re fois dans la litt\u00e9rature occidentale, l\u2019espace lui-m\u00eame devient l\u2019adversaire du h\u00e9ros.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/cdn.essentiels.bnf.fr\/media\/images\/cache\/crop_doublelandscape_1000_500\/rc\/N3jmN1fK\/uploads\/media\/image\/20201204204431000000_pas_2516.jpg\" alt=\"Le labyrinthe de D\u00e9dale\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tous les neuf ans, Ath\u00e8nes doit livrer au Minotaure sept jeunes hommes et sept jeunes filles. Parmi eux se trouve un jour Th\u00e9s\u00e9e, qui d\u00e9cide de mettre fin \u00e0 ce tribut. Avant qu\u2019il ne p\u00e9n\u00e8tre dans le Labyrinthe, Ariane, fille de Minos, lui remet une simple pelote de fil. Le h\u00e9ros en attache une extr\u00e9mit\u00e9 \u00e0 l\u2019entr\u00e9e puis la d\u00e9roule tout au long de son parcours. Apr\u00e8s avoir tu\u00e9 le Minotaure, il lui suffit de suivre ce fil pour retrouver la lumi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le v\u00e9ritable d\u00e9fi du Labyrinthe n\u2019est donc pas seulement de vaincre le monstre : c\u2019est d\u2019en ressortir. Le fil d\u2019Ariane ne donne pas la victoire ; il la rend possible en permettant le retour. C\u2019est pourquoi il est devenu l\u2019un des symboles les plus c\u00e9l\u00e8bres de notre culture. Aujourd\u2019hui encore, on parle d\u2019un \u00ab fil d\u2019Ariane \u00bb pour d\u00e9signer une id\u00e9e, une m\u00e9thode ou une intuition qui nous guide au milieu de la complexit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une autre tradition raconte que Minos, d\u00e9couvrant que D\u00e9dale avait aid\u00e9 Th\u00e9s\u00e9e et Ariane, enferma l\u2019architecte dans son propre Labyrinthe. D\u00e9dale s\u2019en \u00e9chappa en fabriquant des ailes de cire et de plumes avec lesquelles il s\u2019envola avec son fils Icare.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">R\u00e9fugi\u00e9 en Sicile aupr\u00e8s du roi Cocalos, il fut bient\u00f4t retrouv\u00e9 par Minos. Convaincu que seul D\u00e9dale pouvait r\u00e9soudre une \u00e9nigme qu\u2019il avait imagin\u00e9e, le roi promit une r\u00e9compense \u00e0 quiconque r\u00e9ussirait \u00e0 faire passer un fil \u00e0 travers la spirale d\u2019une coquille d\u2019escargot. D\u00e9dale attacha le fil \u00e0 une fourmi qui parcourut toute la coquille. Cocalos remporta le d\u00e9fi, mais Minos comprit aussit\u00f4t que son ancien architecte se cachait aupr\u00e8s de lui.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Ariane<\/strong>, le fil et la m\u00e9moire<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque l\u2019on \u00e9voque le mythe du Labyrinthe, on retient souvent le courage de Th\u00e9s\u00e9e ou la violence de son combat contre le Minotaure. Pourtant, le v\u00e9ritable tournant du r\u00e9cit tient dans le geste presque silencieux d\u2019Ariane. Fille de Minos et de Pasipha\u00e9, elle remet au h\u00e9ros une simple pelote de fil avant son entr\u00e9e dans le Labyrinthe. Th\u00e9s\u00e9e en fixe une extr\u00e9mit\u00e9 \u00e0 l\u2019entr\u00e9e puis le d\u00e9roule au fur et \u00e0 mesure de sa progression. Apr\u00e8s avoir vaincu le Minotaure, il lui suffit de suivre ce fil pour retrouver la lumi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le fil d\u2019Ariane ne donne pas la victoire : il la rend possible. Le v\u00e9ritable d\u00e9fi du Labyrinthe n\u2019est pas seulement de tuer le monstre, mais d\u2019en ressortir vivant. Sans Ariane, Th\u00e9s\u00e9e aurait peut-\u00eatre triomph\u00e9, mais son exploit serait rest\u00e9 enseveli dans les profondeurs du Labyrinthe. Le fil est ainsi devenu le symbole de tout ce qui permet de ne pas se perdre au milieu de la complexit\u00e9 : une m\u00e9thode, une id\u00e9e directrice, une intuition, ou parfois simplement une personne qui nous guide.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le destin d\u2019Ariane donne pourtant au mythe une tonalit\u00e9 m\u00e9lancolique. Apr\u00e8s leur fuite de Cr\u00e8te, Th\u00e9s\u00e9e l\u2019abandonne sur l\u2019\u00eele de Naxos. Les auteurs antiques diff\u00e8rent sur les raisons de cet abandon, mais tous en font l\u2019un des \u00e9pisodes les plus \u00e9mouvants de la mythologie grecque. Cette sc\u00e8ne a inspir\u00e9 d\u2019innombrables artistes, de l\u2019Antiquit\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la Renaissance et aux Pr\u00e9rapha\u00e9lites. Titien, Tintoret, Guido Reni, Angelica Kauffmann, John William Waterhouse ou encore Giorgio de Chirico ont repr\u00e9sent\u00e9 Ariane abandonn\u00e9e ou sa rencontre avec Dionysos. Plus qu\u2019une h\u00e9ro\u00efne secondaire, elle est devenue la figure de celle qui \u00e9claire le chemin des autres sans partager leur gloire. Selon le mythe, Dionysos (Bacchus en latin) finit par l\u2019\u00e9pouser et sa couronne est chang\u00e9e en constellation, la Couronne bor\u00e9ale, comme si le ciel lui accordait la reconnaissance que les hommes lui avaient refus\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.rivagedeboheme.fr\/medias\/images\/titien..bacchus.et.ariane.-1520-23-.jpg?fx=r_500_452\" alt=\"Titien. Bacchus et Ariane (1520-23)\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">Titien, <em>Bacchus et Ariane<\/em>, 1520-1523, National Gallery, Londres <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.rivagedeboheme.fr\/medias\/images\/guido-reni-bacchus-et-ariane-1620.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">Guido Reni, Bacchus et Ariane, 1619-1620<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/florilegesjournal.wordpress.com\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/bacchus_and_ariadne2c_le_nain.jpg?w=1195&amp;h=800\" alt=\"bacchus_and_ariadne2c_le_nain\" class=\"wp-image-25044\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">Fr\u00e8res Le Nain (attribu\u00e9 \u00e0 Louis\/Mathieu), Bacchus d\u00e9crivant Ariane \u00e0 Naxos, vers 1635, mus\u00e9e des Beaux Arts d&#8217;Orl\u00e9ans<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Mais pourquoi l\u2019\u00eatre humain construit-il des espaces dans lesquels il risque de se perdre ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Un symbole qui ne cesse jamais de se transformer <\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le labyrinthe n\u2019est pas rest\u00e9 longtemps la prison du Minotaure.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tr\u00e8s t\u00f4t, il devient un symbole capable de d\u00e9passer le r\u00e9cit mythologique. Les artistes, les philosophes et les \u00e9crivains cessent de le regarder comme un simple \u00e9difice construit par D\u00e9dale. Ils y voient <em>une image de la condition humaine<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Car chacun, un jour ou l\u2019autre, fait l\u2019exp\u00e9rience d\u2019un labyrinthe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Non pas un monument de pierre, mais une p\u00e9riode de sa vie o\u00f9 les rep\u00e8res disparaissent, o\u00f9 les chemins semblent se multiplier sans qu\u2019aucun ne conduise clairement vers la sortie. Le labyrinthe devient alors la m\u00e9taphore de l\u2019existence elle-m\u00eame, avec ses d\u00e9tours, ses h\u00e9sitations, ses erreurs et ses recommencements.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans cette lecture, les personnages du mythe prennent eux aussi une dimension nouvelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Minotaure n\u2019est plus seulement un monstre enferm\u00e9 dans un palais cr\u00e9tois. Il repr\u00e9sente les peurs que chacun doit affronter : la violence, l\u2019orgueil, le doute, la souffrance ou les \u00e9preuves qui jalonnent une vie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Th\u00e9s\u00e9e devient celui qui accepte d\u2019entrer dans l\u2019inconnu, sans \u00eatre certain d\u2019en revenir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et Ariane cesse d\u2019\u00eatre uniquement la princesse cr\u00e9toise amoureuse du h\u00e9ros. Son fil devient l\u2019image de ce qui permet de ne pas se perdre : une id\u00e9e, une m\u00e9thode, une transmission, une rencontre ou parfois simplement la confiance que quelqu\u2019un nous accorde au moment o\u00f9 nous en avons le plus besoin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette richesse explique sans doute pourquoi le labyrinthe traverse les si\u00e8cles sans jamais perdre son pouvoir d\u2019\u00e9vocation. Chaque \u00e9poque y projette ses propres interrogations. Les Romains en font un motif d\u00e9coratif, les b\u00e2tisseurs du Moyen \u00c2ge une image du chemin spirituel, les artistes de la Renaissance un exercice de virtuosit\u00e9, tandis que les \u00e9crivains modernes y voient la figure de la m\u00e9moire, de la connaissance ou de l\u2019infini.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le labyrinthe change de forme, mais il continue toujours de poser la m\u00eame question : <strong>comment trouver son chemin lorsque plus aucun chemin ne para\u00eet \u00e9vident ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8230; le fil d\u2019Ariane repr\u00e9sente ce qui permet de ne pas perdre le sens du chemin.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/d2fd12b8f4f01ea7dad65dc7dd614ea6c6c416b3ebc59dfabfda80d76d433605-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4064\" srcset=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/d2fd12b8f4f01ea7dad65dc7dd614ea6c6c416b3ebc59dfabfda80d76d433605-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/d2fd12b8f4f01ea7dad65dc7dd614ea6c6c416b3ebc59dfabfda80d76d433605-300x200.jpg 300w, https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/d2fd12b8f4f01ea7dad65dc7dd614ea6c6c416b3ebc59dfabfda80d76d433605-768x512.jpg 768w, https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/d2fd12b8f4f01ea7dad65dc7dd614ea6c6c416b3ebc59dfabfda80d76d433605.jpg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Les labyrinthes des cath\u00e9drales<\/strong> <strong>: de la prison au chemin spirituel<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au Moyen \u00c2ge, le labyrinthe conna\u00eet une transformation spectaculaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alors que l\u2019on pourrait croire ce symbole pa\u00efen condamn\u00e9 par le christianisme, il est au contraire adopt\u00e9 par l\u2019\u00c9glise. \u00c0 partir du XII\u1d49 si\u00e8cle, des labyrinthes apparaissent dans plusieurs cath\u00e9drales, notamment \u00e0 Chartres, Amiens, Reims, Mirepoix ou Lucques. Mais leur signification change profond\u00e9ment.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/commons\/thumb\/4\/4b\/K%C3%B6ln_-_Dom_in_16_ies.jpg\/250px-K%C3%B6ln_-_Dom_in_16_ies.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/commons\/thumb\/5\/5e\/Labyrinthchartres.jpg\/250px-Labyrinthchartres.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n<\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"> les labyrinthes de la cath\u00e9drale de Cologne et de celle de Chartres<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le labyrinthe de D\u00e9dale \u00e9tait une prison destin\u00e9e \u00e0 emp\u00eacher toute fuite. Celui des cath\u00e9drales est\u00a0<em>unicursal<\/em>\u00a0: il ne comporte ni embranchement ni impasse. Un seul chemin conduit au centre puis ram\u00e8ne vers la sortie. On ne peut pas s\u2019y perdre ; toute la difficult\u00e9 consiste \u00e0 accepter la longueur du parcours.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le symbole s\u2019inverse alors compl\u00e8tement. Le fid\u00e8le ne cherche plus \u00e0 \u00e9chapper au labyrinthe, mais \u00e0 atteindre son centre. Celui-ci n\u2019abrite plus le Minotaure : il repr\u00e9sente la rencontre avec Dieu, la J\u00e9rusalem c\u00e9leste ou l\u2019accomplissement spirituel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour ceux qui ne pouvaient entreprendre le p\u00e8lerinage en Terre sainte, parcourir lentement ce trac\u00e9 &#8211; parfois \u00e0 genoux &#8211; devenait un p\u00e8lerinage symbolique. Chaque d\u00e9tour figurait les \u00e9preuves de l\u2019existence et de la foi.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.jepense.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/labyrinthe-cathedrale-chartres.png?resize=640%2C429&amp;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-12134\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">Labyrinthe de la cath\u00e9drale de Chartre<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette transformation n\u2019efface pourtant pas le mythe antique. \u00c0 Lucques, une inscription rappelle encore que seul Th\u00e9s\u00e9e put sortir du Labyrinthe gr\u00e2ce au fil d\u2019Ariane. \u00c0 Chartres, une plaque aujourd\u2019hui disparue repr\u00e9sentait probablement le combat de Th\u00e9s\u00e9e contre le Minotaure au centre m\u00eame du pavement. Le Moyen \u00c2ge ne rejette donc pas la l\u00e9gende grecque : il lui donne un sens nouveau. Le combat de Th\u00e9s\u00e9e devient l\u2019image de la victoire du Christ sur le mal, tandis que le Labyrinthe figure d\u00e9sormais le chemin spirituel du croyant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Umberto Eco r\u00e9sumait cette m\u00e9tamorphose par une formule remarquable :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab Si l\u2019on d\u00e9roulait le labyrinthe unicursal, il nous resterait dans les mains un unique fil, ce fil d\u2019Ariane que la l\u00e9gende pr\u00e9sente comme le moyen de sortir du labyrinthe, alors qu\u2019il n\u2019\u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 rien d\u2019autre que le labyrinthe lui-m\u00eame. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chez les Grecs, le fil permettait de quitter le Labyrinthe ; dans les cath\u00e9drales, le chemin\u00a0<em>est<\/em>\u00a0devenu ce fil. Il ne s\u2019agit plus de trouver une issue, mais d\u2019avancer avec confiance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 partir de la Renaissance, puis surtout \u00e0 l\u2019\u00e9poque moderne, cette dimension religieuse s\u2019efface progressivement. Le labyrinthe cesse d\u2019\u00eatre le symbole d\u2019un chemin unique vers une v\u00e9rit\u00e9 ultime. Il devient l\u2019image d\u2019un monde complexe o\u00f9 l\u2019homme cherche sa route sans certitude. Cette \u00e9volution trouve son aboutissement chez Borges, Calvino ou Umberto Eco, pour lesquels le labyrinthe n\u2019est plus seulement une architecture, mais une mani\u00e8re de penser.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Dante : le voyage int\u00e9rieur<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Nel mezzo del camin di nostra vita,<br>mi ritrovai per una selva oscura,<br>ch\u00e9 la diritta via era smarrita.&nbsp;<\/em>(<em>Inf.<\/em>, I, 1-3)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;Au milieu du chemin de notre vie<br>je me retrouvai par une for\u00eat obscure<br>car la voie droite \u00e9tait perdue.&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La\u00a0<em>Divine Com\u00e9die<\/em>\u00a0n\u2019est jamais qualifi\u00e9e de labyrinthe. Pourtant, d\u00e8s ses premiers vers, Dante se pr\u00e9sente comme un homme qui a perdu le \u00ab droit chemin \u00bb. Son voyage commence donc par une d\u00e9sorientation.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image is-resized\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/commons\/thumb\/3\/3e\/Sandro_Botticelli_-_La_Carte_de_l%27Enfer.jpg\/250px-Sandro_Botticelli_-_La_Carte_de_l%27Enfer.jpg?utm_source=fr.wikipedia.org&amp;utm_campaign=parser&amp;utm_content=thumbnail\" alt=\"\" style=\"width:250px;height:auto\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">Sandro Botticelli, la carte de l&#8217;Enfer, 1485-1495<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019Enfer lui-m\u00eame poss\u00e8de une architecture profond\u00e9ment labyrinthique. Il forme un immense entonnoir compos\u00e9 de cercles successifs, de foss\u00e9s, de pr\u00e9cipices, de passages difficiles et de chemins parfois trompeurs. Dante ne pourrait s\u2019y aventurer seul : comme Th\u00e9s\u00e9e avec le fil d\u2019Ariane, il a besoin d\u2019un guide. Virgile lui indique la route, l\u2019avertit des dangers et l\u2019aide \u00e0 franchir les obstacles ; plus tard, B\u00e9atrice prendra le relais pour le conduire vers le Paradis.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le rapprochement avec le mythe grec est d\u2019autant plus frappant que Dante rencontre au cours de sa descente plusieurs de ses personnages.\u00a0Minos\u00a0juge les \u00e2mes \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de l\u2019Enfer,\u00a0le Minotaure\u00a0garde le passage vers le septi\u00e8me cercle,\u00a0Th\u00e9s\u00e9e\u00a0est \u00e9voqu\u00e9, tout comme\u00a0Icare,\u00a0D\u00e9dale\u00a0et\u00a0Pasipha\u00e9. Le souvenir du Labyrinthe accompagne ainsi le voyage presque comme un motif souterrain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais l\u2019essentiel est ailleurs. Comme dans les labyrinthes m\u00e9di\u00e9vaux, le parcours de Dante n\u2019a pas pour seul but de trouver une sortie. Il constitue une \u00e9preuve et une initiation. Il faut descendre toujours plus profond\u00e9ment, jusqu\u2019au centre de la Terre o\u00f9 se trouve Lucifer, avant de pouvoir commencer la remont\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce centre est paradoxal : atteindre le point le plus profond de l\u2019Enfer est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui rend la sortie possible. Virgile et Dante descendent le long du corps de Lucifer ; lorsqu\u2019ils franchissent le centre de la Terre, le mouvement s\u2019inverse et la descente devient ascension. Le voyageur qui semblait s\u2019enfoncer toujours davantage dans le labyrinthe d\u00e9couvre que son centre contient d\u00e9j\u00e0 le chemin du retour.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le parall\u00e8le avec le labyrinthe chr\u00e9tien prend alors tout son sens. Dante traverse successivement l\u2019\u00e9garement, l\u2019\u00e9preuve, la connaissance et enfin la renaissance. Celui qui p\u00e9n\u00e9trait dans la \u00ab for\u00eat obscure \u00bb apr\u00e8s avoir perdu la voie droite ressort de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du monde transform\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019<em>Enfer<\/em>&nbsp;s\u2019ach\u00e8ve ainsi sur l\u2019une des images les plus c\u00e9l\u00e8bres de la&nbsp;<em>Divine Com\u00e9die<\/em>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Et par l\u00e0 nous sort\u00eemes, \u00e0 revoir les \u00e9toiles. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le labyrinthe de Dante n\u2019est donc pas seulement un espace de perdition. Il est un passage par l\u2019obscurit\u00e9 n\u00e9cessaire pour retrouver la lumi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/static.nationalgeographic.fr\/files\/styles\/image_3200\/public\/dante11.webp?w=760&amp;h=1147\" alt=\"\u00ab Abandonnez tout espoir, vous qui entrez ici ! \u00bb sont les c\u00e9l\u00e8bres mots inscrits au-dessus de l'entr\u00e9e de l'enfer de Dante. ...\" title=\"\u00ab Abandonnez tout espoir, vous qui entrez ici ! \u00bb sont les c\u00e9l\u00e8bres mots inscrits au-dessus de l'entr\u00e9e de l'enfer de Dante. ...\"\/><\/figure>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><sub>\u00ab\u00a0Abandonnez\u00a0tout\u00a0espoir,\u00a0vous qui entrez ici\u00a0!\u00a0\u00bb sont les c\u00e9l\u00e8bres mots inscrits au-dessus de l&#8217;entr\u00e9e de l&#8217;enfer de Dante. Accompagn\u00e9 du po\u00e8te Virgile, Dante p\u00e9n\u00e8tre dans la partie sup\u00e9rieure du c\u00f4ne invers\u00e9 qui s&#8217;est ouvert dans la terre lorsque l&#8217;ange rebelle Lucifer est tomb\u00e9 du ciel. Les neuf cercles, qui descendent jusqu&#8217;au lac gel\u00e9 dans lequel Lucifer est pi\u00e9g\u00e9, sont la demeure des damn\u00e9s, assign\u00e9s \u00e0 un ch\u00e2timent \u00e9ternel pour les p\u00e9ch\u00e9s qu&#8217;ils ont commis dans leur vie. De haut en bas, ce sont l&#8217;Ante-enfer, les Limbes, la Luxure, la Gourmandise, l&#8217;Avarice, la Col\u00e8re, l&#8217;H\u00e9r\u00e9sie, la Violence, la Ruse et la tromperie.<\/sub><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">Illustration par Satin Perez<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Piran\u00e8se : le labyrinthe sans sortie<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant plusieurs si\u00e8cles, le labyrinthe reste essentiellement un symbole religieux. \u00c0 partir de la Renaissance, puis surtout aux XVIII\u1d49 et XIX\u1d49 si\u00e8cles, il retrouve une dimension plus architecturale et plus imaginaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au XVIII\u1d49 si\u00e8cle, Giovanni Battista Piran\u00e8se imagine les c\u00e9l\u00e8bres&nbsp;<em>Carceri d\u2019invenzione.<\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-2 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/commons\/thumb\/1\/16\/Giovanni_Battista_Piranesi_-_Le_Carceri_d%27Invenzione_-_First_Edition_-_1750_-_01_-_Title_Plate.jpg\/330px-Giovanni_Battista_Piranesi_-_Le_Carceri_d%27Invenzione_-_First_Edition_-_1750_-_01_-_Title_Plate.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/commons\/thumb\/3\/38\/Giovanni_Battista_Piranesi_-_Le_Carceri_d%27Invenzione_-_First_Edition_-_1750_-_03_-_The_Round_Tower.jpg\/250px-Giovanni_Battista_Piranesi_-_Le_Carceri_d%27Invenzione_-_First_Edition_-_1750_-_03_-_The_Round_Tower.jpg\" alt=\"Planche III : La Tour ronde.\"\/><\/figure>\n<\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">Piranesi, les prisons imaginaires, 1745<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les escaliers conduisent vers d\u2019autres escaliers.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les passerelles disparaissent dans l\u2019ombre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les perspectives se multiplient sans jamais r\u00e9v\u00e9ler une v\u00e9ritable issue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le spectateur \u00e9prouve une sensation \u00e9trange : il comprend parfaitement chaque partie du dessin, mais il ne parvient jamais \u00e0 reconstruire l\u2019ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le labyrinthe devient ici mental.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/blogger.googleusercontent.com\/img\/b\/R29vZ2xl\/AVvXsEidRNophN3S4ED4V52j2Ur3JINYqQ33VttAMcY5h-HkCowMJ8ohWmpIMzgFqqdGABOWX_AtB0B9BokjmiF5c2P-HanjNrrIWdI4y7p0ZgcIVzasnzPlql4TQYwGzTLwohk-yri1GMbgdmKH\/s1600\/Piranese,+Via+Appia+Ardeatina,+1756.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">Piranese, Via Appia Ardeatina, 1756<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Borges : <\/strong>le<strong> labyrinthe<\/strong> de la pens\u00e9e<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au XX\u1d49 si\u00e8cle, Jorge Luis Borges transforme le labyrinthe en v\u00e9ritable philosophie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ses nouvelles sont peupl\u00e9es de biblioth\u00e8ques infinies, de jardins aux chemins qui bifurquent, de maisons impossibles \u00e0 comprendre, de livres sans premi\u00e8re ni derni\u00e8re page et de r\u00e9cits qui semblent contenir tous les autres r\u00e9cits.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chez Borges, le labyrinthe n\u2019est plus seulement construit en pierre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est fait de temps, de m\u00e9moire et de langage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On ne s\u2019y perd plus avec ses pas, mais avec sa pens\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans\u00a0<em>La Biblioth\u00e8que de Babel<\/em>, l\u2019univers lui-m\u00eame prend la forme d\u2019une biblioth\u00e8que immense, compos\u00e9e d\u2019une succession apparemment infinie de galeries hexagonales. Tous les livres possibles y existent, produits \u00e0 partir d\u2019un alphabet limit\u00e9. La plupart ne sont qu\u2019une suite incoh\u00e9rente de signes ; quelques-uns semblent contenir une v\u00e9rit\u00e9, une proph\u00e9tie ou l\u2019explication de l\u2019univers. Mais cette totalit\u00e9 ne rend pas le savoir plus accessible. Au contraire, lorsque toutes les combinaisons existent, le vrai devient presque impossible \u00e0 distinguer du faux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le labyrinthe borg\u00e9sien n\u2019est donc pas seulement un espace compliqu\u00e9. Il est une image de la connaissance devenue vertigineuse.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/actualitte.com\/uploads\/images\/babel3-d03a16d2-fa5c-43a5-9046-43cbed285123.jpg\" alt=\"ActuaLitt\u00e9\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><a href=\"https:\/\/actualitte.com\/article\/29870\/insolite\/la-bibliotheque-de-babel-modelisee-en-3d\">la biblioth\u00e8que infinie de Borges, mod\u00e9lis\u00e9e en 3D<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans\u00a0<em>Le Livre de sable<\/em>, Borges reprend cette id\u00e9e sous une autre forme. Le labyrinthe n\u2019est plus une biblioth\u00e8que enti\u00e8re, mais un seul livre. Celui-ci ne poss\u00e8de ni premi\u00e8re ni derni\u00e8re page : chaque fois que le lecteur tente de retrouver une page d\u00e9j\u00e0 consult\u00e9e, elle lui \u00e9chappe. Le livre semble d\u00e9fier toute logique de la lecture et de la m\u00e9moire. Il devient un espace sans commencement ni fin, o\u00f9 chaque tentative de s\u2019orienter conduit \u00e0 une nouvelle errance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le temps joue un r\u00f4le tout aussi important. Dans&nbsp;<em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Le_Jardin_aux_sentiers_qui_bifurquent\">Le Jardin aux sentiers qui bifurquent<\/a><\/em>, chaque d\u00e9cision ouvre plusieurs avenirs possibles. Les chemins ne se s\u00e9parent pas seulement dans l\u2019espace : ils se divisent dans le temps. Plusieurs futurs peuvent alors coexister, se croiser ou s\u2019ignorer. Le labyrinthe devient la figure d\u2019un univers o\u00f9 toutes les possibilit\u00e9s se r\u00e9aliseraient simultan\u00e9ment.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette id\u00e9e revient dans de nombreux textes de Borges. Le temps n\u2019y avance pas toujours en ligne droite. Il peut se r\u00e9p\u00e9ter, se replier sur lui-m\u00eame, contenir plusieurs versions d\u2019un m\u00eame \u00e9v\u00e9nement ou transformer le pass\u00e9 \u00e0 partir du pr\u00e9sent. Lire Borges, c\u2019est souvent entrer dans un r\u00e9cit dont on croit comprendre la direction avant de d\u00e9couvrir que chaque phrase ouvre un nouveau passage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le labyrinthe peut aussi prendre une forme plus directement mythologique. Dans&nbsp;<em><a href=\"https:\/\/rue74.fr\/portail\/data\/aleph.pdf\">La Demeure d\u2019Ast\u00e9rion<\/a><\/em>, Borges raconte l\u2019histoire du Minotaure depuis le point de vue du monstre lui-m\u00eame. Ast\u00e9rion ne se voit pas comme une cr\u00e9ature enferm\u00e9e dans un pi\u00e8ge : il consid\u00e8re sa demeure comme un monde immense, presque infini, fait de cours, de galeries et de portes toujours ouvertes. Le lecteur ne comprend que progressivement qui parle. Le monstre du mythe devient alors un \u00eatre solitaire, attendant celui qui viendra le d\u00e9livrer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Borges renverse ainsi le r\u00e9cit de Th\u00e9s\u00e9e. Le Minotaure n\u2019est plus seulement l\u2019obstacle \u00e0 vaincre ; il devient une conscience prisonni\u00e8re de son propre univers.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans&nbsp;<em>Abenhacan el Bokhari mort dans son labyrinthe<\/em>, le labyrinthe n\u2019est pas non plus un refuge efficace. Un \u00e9difice complexe, visible de loin, semble avoir \u00e9t\u00e9 construit pour prot\u00e9ger un homme menac\u00e9. Mais l\u2019enqu\u00eate r\u00e9v\u00e8le qu\u2019il sert surtout \u00e0 attirer l\u2019ennemi vers son centre, comme une toile d\u2019araign\u00e9e attire sa proie. Le labyrinthe ne dissimule donc pas n\u00e9cessairement un secret : il peut \u00eatre lui-m\u00eame le pi\u00e8ge.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette id\u00e9e appara\u00eet encore plus clairement dans\u00a0<em>Les Deux Rois et les Deux Labyrinthes<\/em>. Un roi fait enfermer son rival dans un d\u00e9dale de pierre (le terme &#8220;d\u00e9dale&#8221; est aujourd&#8217;hui un nom commun qui d\u00e9signe un lieu o\u00f9 l&#8217;on s&#8217;\u00e9gare facilement) ; celui-ci parvient \u00e0 en sortir. Plus tard, il se venge en abandonnant son adversaire au milieu du d\u00e9sert. Le premier labyrinthe est artificiel, compos\u00e9 de murs et de couloirs. Le second est presque vide, sans portes ni chemins. Pourtant, il est plus terrible encore, parce que son immensit\u00e9 rend toute orientation impossible.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chez Borges, le labyrinthe peut donc \u00eatre partout : dans une biblioth\u00e8que, un livre, un d\u00e9sert, une maison, un r\u00e9cit ou un instant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il peut m\u00eame \u00eatre l\u2019univers lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est pourquoi ses nouvelles donnent souvent l\u2019impression de communiquer entre elles. Les m\u00eames motifs reviennent, se transforment et se r\u00e9pondent : le livre infini, la m\u00e9moire absolue, le temps circulaire, le double, le miroir, le centre introuvable. L\u2019\u0153uvre enti\u00e8re de Borges finit par ressembler \u00e0 un seul grand labyrinthe litt\u00e9raire, dont chaque texte serait \u00e0 la fois un passage et une nouvelle entr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le lecteur n\u2019y cherche pas seulement une sortie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il apprend \u00e0 accepter l\u2019incertitude, les bifurcations et l\u2019id\u00e9e qu\u2019un texte puisse contenir plusieurs v\u00e9rit\u00e9s \u00e0 la fois.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chez Borges, le labyrinthe ne repr\u00e9sente donc plus seulement l\u2019\u00e9garement. Il devient une mani\u00e8re de penser le monde : un monde peut-\u00eatre impossible \u00e0 embrasser dans son ensemble, mais dont chaque d\u00e9tour ouvre une nouvelle possibilit\u00e9.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter is-resized\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/d-fiction.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/Pichon-Borges4-Image1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10630\" style=\"width:605px;height:auto\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Escher : voir l\u2019impossible<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Maurits Cornelis Escher reprend \u00e0 son tour cette fascination.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/commons\/e\/e2\/Mano_con_sfera_riflettente.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">Escher, Autoportrait au miroir sph\u00e9rique, 1935<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ses architectures impossibles, ses escaliers infinis et ses perspectives contradictoires donnent naissance \u00e0 des labyrinthes visuels.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette fois, ce n\u2019est plus le personnage qui est perdu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est le regard lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Escher ne repr\u00e9sente pas n\u00e9cessairement un labyrinthe fait de murs et de couloirs. Il construit plut\u00f4t des images dans lesquelles les r\u00e8gles habituelles de l\u2019espace cessent progressivement de fonctionner. Au premier coup d\u2019\u0153il, tout para\u00eet pourtant coh\u00e9rent : les b\u00e2timents sont dessin\u00e9s avec pr\u00e9cision, les escaliers poss\u00e8dent des marches r\u00e9guli\u00e8res, les ombres donnent du relief aux volumes. Mais d\u00e8s que l\u2019on tente de comprendre l\u2019ensemble, les contradictions apparaissent.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/escherinhetpaleis.nl\/_next\/image?url=https%3A%2F%2Fprdzoomst01.blob.core.windows.net%2Fescher-production-silverstripe-assets-public%2FUploads%2FMasterpiece%2F389-relativiteit.webp&amp;w=3840&amp;q=75\" alt=\"Relativit\u00e9\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">Escher, <em>Relativit\u00e9<\/em>, lithographie, 1953<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans <em>Relativit\u00e9<\/em>, plusieurs directions de la pesanteur coexistent dans une m\u00eame architecture. Des personnages montent ou descendent des escaliers qui appartiennent \u00e0 des mondes diff\u00e9rents, bien qu\u2019ils occupent apparemment le m\u00eame espace. Ils peuvent se croiser sans jamais v\u00e9ritablement se rencontrer, car chacun ob\u00e9it \u00e0 une orientation diff\u00e9rente.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/escherinhetpaleis.nl\/_next\/image?url=https%3A%2F%2Fprdzoomst01.blob.core.windows.net%2Fescher-production-silverstripe-assets-public%2FUploads%2FMasterpiece%2F399-hol-en-bol.webp&amp;w=3840&amp;q=75\" alt=\"Convexe et Concave\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">Escher, Concave et convexe, lithographie, 1955<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans <em>Concave et convexe<\/em>, une terrasse, un escalier ou un mur changent de nature selon l\u2019endroit o\u00f9 se pose le regard. Ce qui paraissait \u00eatre un sol devient soudain une paroi verticale ; un volume qui semblait avancer vers nous para\u00eet ensuite s\u2019enfoncer dans l\u2019image. L\u2019\u0153il cherche un point de vue stable, mais celui-ci se d\u00e9robe sans cesse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Escher utilise ainsi les r\u00e8gles de la perspective contre elles-m\u00eames. Il les ma\u00eetrise suffisamment pour construire des espaces convaincants localement, mais incompatibles lorsqu\u2019on les consid\u00e8re dans leur totalit\u00e9. Chaque fragment para\u00eet possible ; c\u2019est leur assemblage qui ne l\u2019est plus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette ambigu\u00eft\u00e9 transforme l\u2019image en pi\u00e8ge. Le spectateur croit pouvoir reconstituer l\u2019espace comme il le ferait devant une architecture r\u00e9elle, mais il est constamment ramen\u00e9 \u00e0 son point de d\u00e9part. Le dessin devient une sorte de labyrinthe sans entr\u00e9e ni sortie, dont les chemins sont les lignes de perspective elles-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les escaliers occupent une place essentielle dans cet univers. Ils devraient normalement relier deux niveaux et permettre une progression claire. Chez Escher, ils conduisent souvent \u00e0 des parcours circulaires ou impossibles. Dans <em>Mont\u00e9e et Descente<\/em>, des personnages gravissent sans fin un escalier qui les ram\u00e8ne pourtant \u00e0 leur point de d\u00e9part. Le mouvement existe, mais aucun v\u00e9ritable d\u00e9placement ne s\u2019accomplit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le labyrinthe n\u2019est donc plus seulement spatial : il devient logique. Le regard avance, v\u00e9rifie, revient en arri\u00e8re, tente une autre interpr\u00e9tation, puis se heurte \u00e0 une nouvelle contradiction.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des formes qui se m\u00e9tamorphosent<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Escher ne travaille pas seulement sur les architectures impossibles. Il s\u2019int\u00e9resse aussi aux transformations progressives des formes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ses pavages, les figures s\u2019embo\u00eetent sans laisser aucun vide. Des oiseaux deviennent des poissons, des l\u00e9zards apparaissent dans les intervalles entre d\u2019autres silhouettes, le fond se transforme en forme et la forme en fond. Les contours appartiennent simultan\u00e9ment \u00e0 deux figures diff\u00e9rentes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette mani\u00e8re d\u2019organiser l\u2019image lui vient en partie de son observation des d\u00e9cors g\u00e9om\u00e9triques de l\u2019art islamique, notamment des mosa\u00efques de l\u2019Alhambra. Mais Escher y introduit des animaux, des personnages et des m\u00e9tamorphoses qui donnent l\u2019impression que l\u2019espace lui-m\u00eame est vivant, m\u00eame lorsque tout para\u00eet soumis \u00e0 une rigueur presque m\u00e9canique.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/escherinhetpaleis.nl\/_next\/image?url=https%3A%2F%2Fprdzoomst01.blob.core.windows.net%2Fescher-production-silverstripe-assets-public%2FUploads%2FImageBlock%2Fcirkellimiet_IV_cat436-e1599038961194.jpg&amp;w=3840&amp;q=75\" alt=\"M.C. Escher. Circle Limit IV (Heaven and Hell), woodcut in ochre and black, printed from two blocks, July 1960\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">Escher, Circle limit IV (Heaven and Hell), 1960<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans <em>Limite circulaire IV,<\/em> des anges et des d\u00e9mons s\u2019embo\u00eetent et deviennent de plus en plus petits \u00e0 mesure qu\u2019ils approchent du bord du cercle. L\u2019image semble contenir une infinit\u00e9 de figures dans un espace pourtant limit\u00e9. Le blanc et le noir, le plein et le vide, le bien et le mal se d\u00e9finissent mutuellement sans que l\u2019un puisse exister sans l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/escherinhetpaleis.nl\/_next\/image?url=https%3A%2F%2Fprdzoomst01.blob.core.windows.net%2Fescher-production-silverstripe-assets-public%2FUploads%2FImageBlock%2Fkringloop_cat305.jpg&amp;w=1920&amp;q=75\" alt=\"M.C. Escher, Cycle, lithograph, May 1938\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">Escher, Cycle, lithographie, 1938<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans <em>Cycle<\/em>, un personnage descend les marches d\u2019une maison, perd progressivement son volume, devient une silhouette plane, puis se transforme en motif g\u00e9om\u00e9trique. Ce motif finit par reconstruire l\u2019architecture dont le personnage \u00e9tait sorti. Le parcours forme une boucle : l\u2019\u00eatre devient dessin, puis le dessin redevient espace.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">Entre la feuille et le monde r\u00e9el<\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Escher aime \u00e9galement brouiller la fronti\u00e8re entre l\u2019image et ce qu\u2019elle repr\u00e9sente.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/preview.redd.it\/have-you-ever-noticed-that-in-the-piece-called-drawing-v0-nrh87ypxunwg1.jpeg?width=640&amp;crop=smart&amp;auto=webp&amp;s=26cd3d7168a3cb2c581a8711989b9deb43a5265f\" alt=\"r\/lefthanded - Avez-vous d\u00e9j\u00e0 remarqu\u00e9 que dans l'\u0153uvre appel\u00e9e &quot;dessiner des mains&quot; de M. C. Escher, les deux mains sont incluses ?\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">Escher, <em>Dessiner les mains<\/em>, lithographie, 1948<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans <em>Dessiner les mains<\/em>, deux mains surgissent de la feuille et se dessinent mutuellement. Chacune semble \u00eatre \u00e0 la fois la cr\u00e9atrice et la cr\u00e9ation de l\u2019autre. Il n\u2019existe plus de commencement \u00e9vident : quelle main a dessin\u00e9 la premi\u00e8re ? <em>Drawing Hands<\/em> n\u2019illustre pas le labyrinthe au sens spatial, mais le labyrinthe logique : le regard ne peut jamais identifier un point de d\u00e9part de la cr\u00e9ation. Comme dans certains labyrinthes conceptuels de Borges, la question \u00ab o\u00f9 est l\u2019origine ? \u00bb n\u2019a tout simplement pas de r\u00e9ponse. C\u2019est sans doute ce qui en fait l\u2019une des \u0153uvres les plus profondes d\u2019Escher.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/uploads3.wikiart.org\/images\/m-c-escher\/magic-mirror.jpg!Large.jpg\" alt=\"Magic Mirror, 1946 - M.C. Escher\" title=\"Magic Mirror, 1946 - M.C. Escher\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">Escher, <em>Le miroir magique<\/em>, 1946<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans <em>Le Miroir magique<\/em>, les figures paraissent sortir d\u2019un miroir pour se d\u00e9placer dans l\u2019espace avant de redevenir des images. Ailleurs, des animaux quittent un pavage dessin\u00e9, acqui\u00e8rent du volume, traversent une table, puis retournent dans la surface plane.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces passages incessants entre le dessin et la r\u00e9alit\u00e9 font de l\u2019\u0153uvre d\u2019Escher un monde sans fronti\u00e8re stable. Le plat devient volume, le volume redevient surface, le reflet prend corps et l\u2019objet se transforme en signe.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">Un dialogue entre l\u2019art et les math\u00e9matiques<\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Escher est rest\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cart des grands mouvements artistiques de son \u00e9poque. Il n\u2019appartient v\u00e9ritablement ni au surr\u00e9alisme, dont il partage pourtant le go\u00fbt de l\u2019impossible, ni \u00e0 l\u2019abstraction g\u00e9om\u00e9trique, car il reste profond\u00e9ment attach\u00e9 \u00e0 la repr\u00e9sentation d\u2019objets, d\u2019animaux et d\u2019architectures reconnaissables.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Son \u0153uvre a toutefois suscit\u00e9 un grand int\u00e9r\u00eat chez les math\u00e9maticiens. Ses pavages, ses sym\u00e9tries, ses rotations, ses r\u00e9p\u00e9titions et ses repr\u00e9sentations de l\u2019infini montrent que la g\u00e9om\u00e9trie peut devenir une source d\u2019\u00e9motion et d\u2019\u00e9merveillement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais Escher ne se contente pas d\u2019illustrer des id\u00e9es math\u00e9matiques. Il les transforme en exp\u00e9riences visuelles. Il oblige le spectateur \u00e0 constater que voir ne signifie pas toujours comprendre et qu\u2019une image parfaitement dessin\u00e9e peut repr\u00e9senter un monde impossible.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est en cela qu\u2019il prolonge l\u2019histoire du labyrinthe. Chez D\u00e9dale, l\u2019architecture \u00e9gare le corps. Chez Piran\u00e8se, elle \u00e9crase le visiteur par son immensit\u00e9. Chez Escher, elle s\u2019installe directement dans notre perception.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les murs ne nous retiennent plus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce sont nos habitudes de regard qui deviennent le pi\u00e8ge.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Umberto Eco : le labyrinthe comme mod\u00e8le de la connaissance<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans&nbsp;<em>Le Nom de la rose<\/em>, Umberto Eco place au c\u0153ur de son roman une immense biblioth\u00e8que labyrinthique. Inspir\u00e9e de Borges, elle est con\u00e7ue comme un v\u00e9ritable d\u00e9dale de salles, de couloirs et d\u2019impasses o\u00f9 les livres sont aussi difficiles \u00e0 retrouver que la v\u00e9rit\u00e9 qu\u2019ils renferment. Pour le h\u00e9ros Guillaume de Baskerville, parcourir cette biblioth\u00e8que revient moins \u00e0 r\u00e9soudre une \u00e9nigme qu\u2019\u00e0 apprendre \u00e0 s\u2019orienter dans un monde o\u00f9 les apparences sont trompeuses.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais Eco va plus loin. Dans plusieurs essais, notamment\u00a0<em>Apostille au Nom de la rose<\/em>\u00a0puis\u00a0<em>De l\u2019arbre au labyrinthe<\/em>, il montre que le labyrinthe est devenu l\u2019une des meilleures images de notre mani\u00e8re de conna\u00eetre le monde. Il distingue trois grandes formes de labyrinthes. Le premier, h\u00e9rit\u00e9 de l\u2019Antiquit\u00e9, ne poss\u00e8de qu\u2019un seul chemin : on peut h\u00e9siter, mais il conduit in\u00e9vitablement au centre puis \u00e0 la sortie. Le second, celui des jardins mani\u00e9ristes et baroques, multiplie les embranchements et les impasses : il existe une bonne route, mais il faut la d\u00e9couvrir par essais et erreurs. Le troisi\u00e8me enfin, que Deleuze et Guattari appellent un\u00a0<strong>\u00ab <\/strong>rhizome<strong> \u00bb<\/strong>, emprunte son nom \u00e0 une tige souterraine qui se ramifie dans toutes les directions sans tronc ni centre. De m\u00eame, ce labyrinthe n\u2019a ni c\u0153ur, ni p\u00e9riph\u00e9rie, ni parcours privil\u00e9gi\u00e9. Chaque embranchement peut conduire \u00e0 d\u2019autres, selon les choix de celui qui l\u2019explore.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette derni\u00e8re figure r\u00e9sume, selon Eco, la condition contemporaine. Nous ne vivons plus dans un univers parfaitement ordonn\u00e9 o\u00f9 une v\u00e9rit\u00e9 unique attend d\u2019\u00eatre d\u00e9couverte au centre du labyrinthe. Nous habitons un r\u00e9seau complexe de connaissances, de documents, d\u2019interpr\u00e9tations et d\u2019informations o\u00f9 il faut constamment formuler des hypoth\u00e8ses, les corriger et les r\u00e9viser. Le labyrinthe cesse alors d\u2019\u00eatre seulement un lieu dont il faudrait s\u2019\u00e9chapper : il devient le monde lui-m\u00eame, que nous devons apprendre \u00e0 parcourir sans jamais esp\u00e9rer en poss\u00e9der le plan complet.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Autrefois, on entrait dans le labyrinthe pour en sortir ; aujourd\u2019hui, on y entre pour y vivre.<\/em><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u00c9pilogue<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis le palais de Minos jusqu\u2019aux biblioth\u00e8ques de Borges, le labyrinthe n\u2019a jamais cess\u00e9 de changer de visage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tant\u00f4t prison, tant\u00f4t chemin initiatique, architecture impossible ou image de la m\u00e9moire, il accompagne l\u2019histoire de notre imaginaire depuis plus de deux mill\u00e9naires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Peut-\u00eatre parce qu\u2019il parle moins des lieux que de notre propre existence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous cherchons tous un chemin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous rencontrons tous nos Minotaures.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et chacun esp\u00e8re trouver, un jour, son propre fil d\u2019Ariane.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sources :<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li><a href=\"https:\/\/www.freud-lacan.com\/documents-ged\/la-figure-symbolique-dariane\/\">La figure symbolique d&#8217;Ariane<\/a><\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"https:\/\/odysseum.eduscol.education.fr\/le-labyrinthe-representation-de-lespace-et-lecture-du-monde\">Le labyrinthe <\/a><\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"https:\/\/fresnault-images.fr\/fr\/le-miroir-et-le-labyrinthe\">Escher, le miroir et le labyrinthe<\/a><\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/etudesromanes\/4141?lang=pt\">Le mythe du labyrinthe chez Umberto Eco<\/a><\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"https:\/\/chairerenemalo.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/sites\/21\/2016\/06\/01_ntederech_mscardovelli.pdf\">Drawing hands, Escher<\/a><\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"https:\/\/artpla33.blogspot.com\/2015\/03\/le-labyrinthe-dans-lart.html\">La Labyrinthe dans l&#8217;art<\/a><\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"https:\/\/bcs.fltr.ucl.ac.be\/fe\/07\/labyrinthe.html\">L&#8217;image du labyrinthe dans l&#8217;Enfer de Dante<\/a><\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Titien : Bacchus et Ariane<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Peinte entre 1522 et 1523, cette \u0153uvre est l\u2019une des repr\u00e9sentations les plus c\u00e9l\u00e8bres de la rencontre entre Ariane et Bacchus (Dionysos).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Titien choisit l\u2019instant pr\u00e9cis o\u00f9 le dieu aper\u00e7oit Ariane, abandonn\u00e9e sur l\u2019\u00eele de Naxos apr\u00e8s le d\u00e9part de Th\u00e9s\u00e9e. Saisi par un v\u00e9ritable coup de foudre, Bacchus bondit de son char, tir\u00e9 par deux gu\u00e9pards, pour rejoindre la jeune femme. Surprise, Ariane se retourne brusquement tandis que le navire de Th\u00e9s\u00e9e s\u2019\u00e9loigne encore \u00e0 l\u2019horizon.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Autour du dieu se d\u00e9ploie un cort\u00e8ge exub\u00e9rant de bacchantes, de satyres et de Sil\u00e8ne, son vieux compagnon ivre mont\u00e9 sur un \u00e2ne. Cette procession bruyante contraste avec la solitude d\u2019Ariane et renforce la tension dramatique de la sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toute la force du tableau r\u00e9side dans son mouvement et dans sa couleur. Les deux personnages principaux se d\u00e9tachent sur un ciel d\u2019un bleu intense, obtenu gr\u00e2ce au pr\u00e9cieux pigment de lapis-lazuli, tandis que le cort\u00e8ge s\u2019inscrit dans des tons plus chauds, bruns et ocres, au milieu de la v\u00e9g\u00e9tation. Cette opposition de couleurs accompagne celle des \u00e9motions : d\u2019un c\u00f4t\u00e9 l\u2019abandon et l\u2019h\u00e9sitation, de l\u2019autre l\u2019\u00e9lan irr\u00e9sistible de Bacchus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par son extraordinaire dynamisme, la richesse de son coloris et l\u2019\u00e9quilibre de sa composition, Bacchus et Ariane est consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019un des chefs-d\u2019\u0153uvre de Titien et l\u2019une des \u0153uvres qui annoncent d\u00e9j\u00e0 la peinture baroque.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pourquoi, depuis plus de deux mille ans, le labyrinthe continue-t-il de fasciner artistes, \u00e9crivains et architectes ? Andr\u00e9 Masson, le Labyrinthe,1938, MNAM Andr\u00e9 Masson r\u00e9interpr\u00e8te le mythe du Minotaure en fusionnant le monstre et le labyrinthe en une seule figure. Cette \u0153uvre surr\u00e9aliste, inspir\u00e9e par la tauromachie et marqu\u00e9e par un climat d\u2019angoisse \u00e0 la&hellip; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/le-labyrinthe-une-histoire-de-legarement-ou-de-dedale-a-borges\/\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Le labyrinthe :  de D\u00e9dale \u00e0 Borges<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-4004","page","type-page","status-publish","hentry","entry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/4004","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4004"}],"version-history":[{"count":97,"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/4004\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4108,"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/4004\/revisions\/4108"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4004"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}