{"id":1098,"date":"2025-12-07T15:57:11","date_gmt":"2025-12-07T14:57:11","guid":{"rendered":"https:\/\/anadel.fr\/?p=1098"},"modified":"2025-12-12T05:28:44","modified_gmt":"2025-12-12T04:28:44","slug":"dyptique-de-melun","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/2025\/12\/07\/dyptique-de-melun\/","title":{"rendered":"La Vierge de Melun"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le Diptyque de Melun : la vision singuli\u00e8re de Jean Fouquet<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Jean Fouquet [v. 1420-v. 1480] demeure une figure majeure de la peinture fran\u00e7aise du XVe si\u00e8cle, malgr\u00e9 les lacunes de sa biographie. Peintre de cour sous Charles VII puis Louis XI, voyageur curieux &#8211; notamment en Italie o\u00f9 il d\u00e9couvre la perspective renaissante \u2013 il est l\u2019un des premiers artistes \u00e0 int\u00e9grer de mani\u00e8re audacieuse les innovations italiennes tout en conservant la minutie et la pr\u00e9cision flamandes. Avec le <em>Diptyque de Melun<\/em>, il signe l\u2019une de ses \u0153uvres les plus intrigantes, synth\u00e8se subtile entre science g\u00e9om\u00e9trique, spiritualit\u00e9 m\u00e9di\u00e9vale et esth\u00e9tique de cour. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On lui doit aussi le premier autoportrait autonome conserv\u00e9 au nord des Alpes : son m\u00e9daillon est d\u2019ailleurs inclus dans le cadre du diptyque, comme une signature silencieuse.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"894\" height=\"485\" src=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Diptyque_de_Melun_reconstitue.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1101\" srcset=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Diptyque_de_Melun_reconstitue.jpg 894w, https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Diptyque_de_Melun_reconstitue-300x163.jpg 300w, https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Diptyque_de_Melun_reconstitue-768x417.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 894px) 100vw, 894px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">Jean Fouquet, <em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Diptyque_de_Melun\">Dyptique de Melun<\/a><\/em> : panneau gauche: Gem\u00e4ldegalerie, Berlin, panneau droit Mus\u00e9e Royal des Beaux Arts, Anvers, 1452-1458<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Un diptyque en apparence dissonant, mais profond\u00e9ment unifi\u00e9<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Command\u00e9 vers 1450 par \u00c9tienne Chevalier, puissant tr\u00e9sorier de Charles VII, le diptyque devait orner sa chapelle fun\u00e9raire \u00e0 Notre-Dame de Melun. Les deux panneaux paraissent au premier regard presque incompatibles : d\u2019un c\u00f4t\u00e9, une sc\u00e8ne terrestre, ma\u00eetris\u00e9e et architectur\u00e9e ; de l\u2019autre, une vision c\u00e9leste satur\u00e9e de couleurs. Pourtant, Fouquet les relie par une organisation rigoureuse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les deux panneaux s\u2019inscrivent dans un m\u00eame demi-cercle, et leurs lignes de perspective convergent vers un point unique : le menton de la Vierge. Cette construction unifie la sc\u00e8ne visible mais aussi le sens de l&#8217;\u0153uvre : la vision c\u00e9leste r\u00e9pond au fervent d\u00e9sir du donateur d\u2019entrer en communication directe avec la M\u00e8re de Dieu.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le volet gauche : \u00c9tienne Chevalier pr\u00e9sent\u00e9 par saint \u00c9tienne<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans une pi\u00e8ce aux accents du Quattrocento florentin &#8211; marbres pr\u00e9cieux, pilastres rigoureux, pavement polychrome &#8211; \u00c9tienne Chevalier appara\u00eet en pri\u00e8re, guid\u00e9 par son saint patron. Saint \u00c9tienne, jeune diacre au visage serein, porte la dalmatique bleue orn\u00e9e d\u2019or et tient dans sa main un silex taill\u00e9, rappel direct de son martyre (lapidation pour blasph\u00e8me contre Dieu). Une fine tra\u00een\u00e9e de sang coule \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de sa t\u00eate, d\u00e9tail discret et bouleversant de naturalisme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le saint pose l\u2019autre main sur l\u2019\u00e9paule du commanditaire, l\u2019introduisant symboliquement dans la sc\u00e8ne sacr\u00e9e. Cette proximit\u00e9 humaine contraste avec la monumentalit\u00e9 froide du panneau de droite, comme si Fouquet distinguait clairement le monde terrestre &#8211; solide, construit, rationnel &#8211; et la vision surnaturelle qui s\u2019appr\u00eate \u00e0 s\u2019accomplir.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le volet droit : une Vierge \u00e0 l\u2019Enfant d\u2019une modernit\u00e9 d\u00e9routante<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur le panneau droit, la Vierge appara\u00eet telle une apparition surnaturelle. Assise sur un tr\u00f4ne d\u2019onyx aux reflets pr\u00e9cieux, elle est entour\u00e9e d\u2019une nu\u00e9e serr\u00e9e d\u2019anges rouges et bleus : s\u00e9raphins \u00e9carlates, ardents comme le feu divin, et ch\u00e9rubins d\u2019un bleu c\u00e9leste intense. Cet orchestre chromatique, renforc\u00e9 par la restauration du panneau dans les ann\u00e9es 1990, cr\u00e9e un effet quasi abstrait, o\u00f9 les couleurs vibrent plus que les silhouettes ne se distinguent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Vierge, quant \u00e0 elle, semble sculpt\u00e9e dans le marbre plut\u00f4t que peinte. Sa peau, d\u2019une blancheur irr\u00e9elle, tranche violemment avec les couleurs satur\u00e9es des anges. V\u00eatue d\u2019un manteau blanc doubl\u00e9 d\u2019hermine &#8211; signe de royaut\u00e9 autant c\u00e9leste que fran\u00e7aise &#8211; et coiff\u00e9e selon la mode aristocratique, elle impose une beaut\u00e9 hi\u00e9ratique, sans \u00e9motion apparente, presque cosmique. Les corps tr\u00e8s p\u00e2les de la m\u00e8re et de l\u2019enfant contrastent violemment avec les couleurs enflamm\u00e9es du fond, comme si la chair terrestre s\u2019effa\u00e7ait au profit d\u2019une apparition immat\u00e9rielle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019Enfant J\u00e9sus, potel\u00e9 mais grave, rappelle les mod\u00e8les flamands : un enfant qui n\u2019est d\u00e9j\u00e0 plus un enfant, mais un petit souverain, conscient de sa mission. Son index tendu vers la gauche d\u00e9signe discr\u00e8tement \u00c9tienne Chevalier, \u00e9tablissant le lien spirituel entre les deux panneaux. Rien dans son attitude n\u2019indique un d\u00e9sir d\u2019allaitement : malgr\u00e9 le sein rond et nu pr\u00e9sent\u00e9 devant lui, son regard et son geste se dirigent ailleurs, vers l\u2019homme qui prie. Cela d\u00e9tourne \u00e9galement le sein du domaine strictement maternel pour l\u2019offrir au spectateur lui-m\u00eame, accompagn\u00e9 par le ch\u00e9rubin rouge qui, d\u2019un regard frontal et per\u00e7ant, semble l\u2019interpeller. M\u00eame si le carmin ne renvoie pas \u00e0 l\u2019enfer mais \u00e0 la compl\u00e9mentarit\u00e9 symbolique des s\u00e9raphins et des ch\u00e9rubins, le tumulte color\u00e9 donne l\u2019impression que le ciel n\u2019a rien de paisible&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Une Vierge entre id\u00e9al th\u00e9ologique et beaut\u00e9 de cour<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le visage de la Vierge reprend les traits d\u2019<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Agn\u00e8s_Sorel\">Agn\u00e8s Sorel<\/a>, ma\u00eetresse de Charles VII et c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 de beaut\u00e9 \u00e0 la cour.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"696\" src=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Agnes_Sorel_-_anonyme_XVIe.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1329\" srcset=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Agnes_Sorel_-_anonyme_XVIe.jpg 500w, https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Agnes_Sorel_-_anonyme_XVIe-216x300.jpg 216w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Agn\u00e8s_Sorel#\/media\/Fichier:Agn\u00e8s_Sorel_-_anonyme_XVIe.jpg\">Portrait d&#8217;Agnes Sorel d&#8217;apr\u00e8s Jean Fouquet<\/a><\/em>, XVIe si\u00e8cle<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce choix, qui a pu sembler scandaleux ou audacieux, n\u2019est pourtant pas anodin : il inscrit la figure de Marie dans une politique implicite de sacralisation de la royaut\u00e9. Agn\u00e8s, en tant que favorite du roi, devient une sorte d\u2019ic\u00f4ne de l\u2019\u00e9l\u00e9gance aristocratique, dont Fouquet pr\u00e9l\u00e8ve les \u00e9l\u00e9ments &#8211; front \u00e9pil\u00e9 et tr\u00e8s haut, ovale pur, sourcils affin\u00e9s, bouche minuscule, coiffure tir\u00e9e &#8211; pour les transfigurer. Fouquet n\u2019en fait pourtant pas un portrait mondain. Agn\u00e8s devient plut\u00f4t un mod\u00e8le d\u2019abstraction, id\u00e9alis\u00e9, un point de d\u00e9part permettant \u00e0 Fouquet de cr\u00e9er une image de la Vierge o\u00f9 la beaut\u00e9 humaine se transforme en beaut\u00e9 intemporelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le sein d\u00e9voil\u00e9, souvent per\u00e7u aujourd\u2019hui comme audacieux voire provocateur, ne rel\u00e8ve par de l&#8217;\u00e9rotisme. La blancheur de marbre du corps de la Vierge neutralise toute sensualit\u00e9 : il s\u2019agit d\u2019un corps purifi\u00e9, presque d\u00e9sincarn\u00e9, sculpt\u00e9 dans l\u2019id\u00e9al. Ce geste du sein offert renvoie \u00e0 une iconographie m\u00e9di\u00e9vale de la&nbsp;Vierge m\u00e9diatrice : Marie pr\u00e9sente symboliquement la source de sa gr\u00e2ce \u00e0 ceux qui l\u2019invoquent. Dans cette perspective, Fouquet pourrait repr\u00e9senter l\u2019accomplissement de la pri\u00e8re m\u00e9di\u00e9vale&nbsp;<em>Obsecro te<\/em>, tr\u00e8s populaire \u00e0 la fin du Moyen \u00c2ge, dans laquelle le fid\u00e8le supplie la Vierge d\u2019appara\u00eetre au moment de sa mort pour le prot\u00e9ger et interc\u00e9der en sa faveur. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, plus qu\u2019une &#8220;Vierge allaitante&#8221;, Fouquet peint la&nbsp;Vision de la Vierge, apparition surnaturelle r\u00e9pondant au v\u0153u du fid\u00e8le.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce double statut &#8211; femme id\u00e9alis\u00e9e et ic\u00f4ne sacr\u00e9e &#8211; explique les reproches adress\u00e9s \u00e0 l\u2019\u0153uvre d\u00e8s l\u2019\u00e9poque. Repr\u00e9senter la Vierge sous les traits d\u2019une femme vivante a souvent suscit\u00e9 la controverse : il existe de nombreux cas o\u00f9 la ressemblance avec une femme r\u00e9elle \u00e9tait jug\u00e9e sacril\u00e8ge, \u00e0 l\u2019image du&nbsp;Caravage&nbsp;dont la&nbsp;<em>Mort de la Vierge<\/em>&nbsp;fut refus\u00e9e parce qu\u2019il avait utilis\u00e9 le visage d\u2019une prostitu\u00e9e. Dans le cas de Fouquet, la r\u00e9putation et la position sociale d\u2019Agn\u00e8s Sorel ont sans doute permis de tol\u00e9rer cette identification, malgr\u00e9 quelques accusations de &#8220;libertinage blasph\u00e9matoire&#8221;.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-media-text is-stacked-on-mobile\" style=\"grid-template-columns:45% auto\"><figure class=\"wp-block-media-text__media\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"267\" height=\"403\" src=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Death_of_the_Virgin-Caravaggio_1606.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1318 size-full\" srcset=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Death_of_the_Virgin-Caravaggio_1606.jpg 267w, https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Death_of_the_Virgin-Caravaggio_1606-199x300.jpg 199w\" sizes=\"auto, (max-width: 267px) 100vw, 267px\" \/><\/figure><div class=\"wp-block-media-text__content\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Caravage, <em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/La_Mort_de_la_Vierge_(Le_Caravage)\">La Mort de la Vierge<\/a><\/em>, 1601-1606. Caravage re\u00e7ut pour l\u2019\u00e9glise Santa Maria della Scala in Trastevere de Rome la commande d\u2019un tableau sur la Mort de la Vierge. Peu apr\u00e8s son exposition, il est refus\u00e9 par les moines de l\u2019\u00e9glise puis remplac\u00e9 par une \u0153uvre de m\u00eame sujet peinte par Carlo Saraceni. En effet, Caravage aurait peint les traits d\u2019une prostitu\u00e9e noy\u00e9e.<sup>(3)<\/sup><\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour autant, dans le <em>Dyptique<\/em> l\u2019intention n\u2019est pas d\u2019humaniser Marie ni d\u2019en faire une figure \u00e9rotique. Cette m\u00e8re sacr\u00e9e, au contraire, renvoie l\u2019image d\u2019un corps model\u00e9 par l\u2019id\u00e9al plut\u00f4t que par la chair r\u00e9elle. Sa mission est de prot\u00e9ger, d\u2019interc\u00e9der, de guider : elle regarde J\u00e9sus, qui d\u00e9signe le destinataire du tableau, comme pour lui rappeler son r\u00f4le. Par extension, elle veille aussi sur les spectateurs, invit\u00e9s \u00e0 entrer dans cette vision. Elle se situe ainsi \u00e0 la fronti\u00e8re entre th\u00e9ologie, politique, beaut\u00e9 aristocratique et spiritualit\u00e9 : une Vierge \u00e0 la fois intemporelle et profond\u00e9ment enracin\u00e9e dans son \u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Influences : entre Italie, Flandres et tradition fran\u00e7aise<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le diptyque r\u00e9v\u00e8le le cosmopolitisme artistique de Jean Fouquet, qui puise \u00e0 la fois dans la minutie flamande &#8211; visible dans le raffinement des d\u00e9tails, la rondeur de l\u2019Enfant rappelant Van Eyck, ou encore les reflets symboliques des boules d\u2019onyx &#8211; et dans les innovations italiennes, dont il adopte la perspective rigoureuse, l\u2019architecture \u00e0 l\u2019allure florentine et une certaine monumentalit\u00e9 classique. \u00c0 ces influences s\u2019ajoute l\u2019h\u00e9ritage de la sculpture fran\u00e7aise m\u00e9di\u00e9vale, perceptible dans la pr\u00e9sence hi\u00e9ratique de la Vierge et dans les anges aux allures presque sculpt\u00e9es. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette hybridation fait de Fouquet l\u2019un des pionniers d\u2019un langage plastique fran\u00e7ais r\u00e9ellement original.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Post\u00e9rit\u00e9s et artistes inspir\u00e9s<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tr\u00e8s t\u00f4t, l\u2019\u0153uvre est copi\u00e9e, adapt\u00e9e et cit\u00e9e : d\u00e8s le XVe si\u00e8cle, vitraux et peintures reprennent la silhouette \u00e9pur\u00e9e de la Vierge. Cette fascination se prolonge \u00e0 l\u2019\u00e9poque moderne, o\u00f9 Roger Bissi\u00e8re transpose la froideur surnaturelle de la figure mariale dans sa&nbsp;<em>V\u00e9nus blanche<\/em>, tandis que Jean H\u00e9lion y reconna\u00eet une v\u00e9ritable le\u00e7on d\u2019\u00e9quilibre abstrait, faite d\u2019aplats, de courbes et de rigueur g\u00e9om\u00e9trique. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plus r\u00e9cemment, Cindy Sherman en propose un pastiche dans sa s\u00e9rie&nbsp;<em>History Portraits<\/em>, en se mettant elle-m\u00eame en sc\u00e8ne sous les traits de la Vierge : une mani\u00e8re de souligner, avec ironie et lucidit\u00e9, la troublante modernit\u00e9 de cette image pourtant n\u00e9e au XVe si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"884\" height=\"1024\" data-id=\"1325\" src=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/viergeentouredanges-884x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1325\" srcset=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/viergeentouredanges-884x1024.jpg 884w, https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/viergeentouredanges-259x300.jpg 259w, https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/viergeentouredanges-768x890.jpg 768w, https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/viergeentouredanges.jpg 1067w\" sizes=\"auto, (max-width: 884px) 100vw, 884px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"362\" height=\"522\" data-id=\"1323\" src=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/CS-AS1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1323\" srcset=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/CS-AS1.jpg 362w, https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/CS-AS1-208x300.jpg 208w\" sizes=\"auto, (max-width: 362px) 100vw, 362px\" \/><\/figure>\n<\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">A gauche : Jean Fouquet, Vierge de Melun; \u00e0 droite Cindy Sherman, <a href=\"https:\/\/www.moma.org\/collection\/works\/50744\"><em>Untitled #216, History portraits<\/em><\/a>, 1989<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cindy Sherman d\u00e9tourne ici les codes iconographiques de la Vierge \u00e0 l\u2019Enfant (manteau bleu, regard baiss\u00e9, composition centr\u00e9e) en y greffant des artifices criants comme une poitrine en plastique factice. Ce pastiche souligne l\u2019artificialit\u00e9 des images sacr\u00e9es et questionne la construction sociale des repr\u00e9sentations f\u00e9minines, instaurant un&nbsp;dialogue audacieux et provocateur&nbsp;avec l\u2019h\u00e9ritage de Fouquet.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>Une Vierge unique dans l\u2019histoire de l\u2019art<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le <em>Diptyque de Melun<\/em> ne cherche pas \u00e0 raconter une sc\u00e8ne famili\u00e8re de la vie de Marie, mais \u00e0 donner forme \u00e0 l\u2019invisible : la vision d\u2019un fid\u00e8le au seuil de la mort, la beaut\u00e9 id\u00e9ale d\u2019une reine c\u00e9leste, la m\u00e9diation silencieuse entre un homme et le divin. En fusionnant le visage d\u2019Agn\u00e8s Sorel, symbole terrestre de beaut\u00e9, avec l\u2019abstraction glac\u00e9e de la Vierge, Fouquet cr\u00e9e une figure qui d\u00e9fie encore notre regard : \u00e0 la fois femme, ic\u00f4ne et apparition.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette Vierge-l\u00e0 n\u2019est pas maternelle : elle est souveraine. Elle n\u2019est pas proche : elle est absolue. Elle incarne, mieux que nulle autre, l\u2019ambition de Jean Fouquet : faire dialoguer la r\u00e9alit\u00e9 et la vision, l\u2019art de son temps et l\u2019\u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sources :<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li><a href=\"https:\/\/partours.univ-tours.fr\/oeuvre\/le-diptyque-de-melun\/\">Partours<\/a><\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Diptyque_de_Melun\">Wikip\u00e9dia<\/a><\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"https:\/\/www.lezard-curieux.fr\/femme.pdf\">L\u00e9zard curieux &#8211; L&#8217;image de la femme<\/a><\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"https:\/\/www.cineclubdecaen.com\/peinture\/analyse\/peintureetphotographie.htm\">Cine club de Caen &#8211; Cindy Sherman<\/a><\/li>\n<\/ol>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Diptyque de Melun : la vision singuli\u00e8re de Jean Fouquet Jean Fouquet [v. 1420-v. 1480] demeure une figure majeure de la peinture fran\u00e7aise du XVe si\u00e8cle, malgr\u00e9 les lacunes de sa biographie. Peintre de cour sous Charles VII puis Louis XI, voyageur curieux &#8211; notamment en Italie o\u00f9 il d\u00e9couvre la perspective renaissante \u2013&hellip; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/2025\/12\/07\/dyptique-de-melun\/\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">La Vierge de Melun<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[8,9],"tags":[],"class_list":["post-1098","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-femmes-de-pouvoir-le-corps-comme-symbole-politique","category-femmes-sacrees","entry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1098","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1098"}],"version-history":[{"count":23,"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1098\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1365,"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1098\/revisions\/1365"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1098"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1098"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1098"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}