{"id":1418,"date":"2026-04-04T16:56:47","date_gmt":"2026-04-04T14:56:47","guid":{"rendered":"https:\/\/anadel.fr\/?p=1418"},"modified":"2026-04-04T17:25:14","modified_gmt":"2026-04-04T15:25:14","slug":"giuseppe-penone","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/2026\/04\/04\/giuseppe-penone\/","title":{"rendered":"Penone &#8211; il poursuivra sa croissance&#8230;"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em> &#8230; sauf en ce point, <\/em>1968<\/h3>\n\n\n\n<p>Pi\u00e9mont, Italie<\/p>\n\n\n\n<p>Giuseppe Penone,&nbsp;<em>Il poursuivra sa croissance sauf en ce point<\/em>&nbsp;(1968), est une \u0153uvre embl\u00e9matique de l\u2019Arte Povera qui d\u00e9passe largement la simple id\u00e9e de l\u2019inscription du corps dans la nature. Penone ne met pas seulement en sc\u00e8ne l\u2019homme face au paysage ou au temps : il engage une r\u00e9flexion profonde sur le vivant, sur la m\u00e9moire du corps, sur le rapport entre nature et culture, et sur une conception du monde profond\u00e9ment ancr\u00e9e dans l\u2019histoire et la spiritualit\u00e9 italiennes.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"538\" src=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/giuseppe-penone-main-arbre-01.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1420\" srcset=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/giuseppe-penone-main-arbre-01.jpg 800w, https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/giuseppe-penone-main-arbre-01-300x202.jpg 300w, https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/giuseppe-penone-main-arbre-01-768x516.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><sup>Giuseppe Penone, <em>Continuera a crescere tranne che in quel punto<\/em>, 1968<\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>Originaire du sud du Pi\u00e9mont, dans les Alpes maritimes, Penone a grandi dans une famille de paysans forestiers. La for\u00eat n\u2019est donc pas pour lui un espace symbolique ou id\u00e9alis\u00e9, mais un milieu v\u00e9cu, travaill\u00e9, connu depuis toujours. En 1968, il r\u00e9alise une performance dans laquelle il se photographie tenant le tronc d\u2019un jeune arbre dans cette for\u00eat. Ce geste est ensuite prolong\u00e9 par un acte sculptural : Penone moule sa main en bronze, mat\u00e9riau noble et classique de la sculpture, et l\u2019ins\u00e8re dans le tronc de l\u2019arbre. L\u2019arbre continue alors de cro\u00eetre, sauf \u00e0 l\u2019endroit pr\u00e9cis o\u00f9 la main emp\u00eache son d\u00e9veloppement. Le titre de l\u2019\u0153uvre exprime clairement cette id\u00e9e : la croissance naturelle se poursuit, mais elle garde la trace durable de l\u2019intervention humaine.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">Le corps, le temps et la m\u00e9moire inscrits dans la mati\u00e8re<\/h5>\n\n\n\n<p>L\u2019arbre devient ici un v\u00e9ritable corps. Sa vie s\u2019inscrit dans sa mati\u00e8re sous la forme des cercles concentriques visibles lorsque l\u2019on coupe le tronc, qui indiquent son \u00e2ge et le rythme de sa croissance. Penone met ces cercles en relation avec l\u2019empreinte digitale humaine : l\u2019empreinte ne dit pas l\u2019\u00e2ge, mais elle est unique \u00e0 chaque individu vivant. En rapprochant ces deux formes d\u2019inscription, Penone \u00e9tablit un lien entre l\u2019identit\u00e9 humaine et la m\u00e9moire naturelle du vivant. Le corps humain et le corps de l\u2019arbre ob\u00e9issent \u00e0 des logiques diff\u00e9rentes, mais comparables : tous deux portent les traces du temps dans leur mati\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette r\u00e9flexion s\u2019inscrit dans une pens\u00e9e proche de celle de Maurice Merleau-Ponty, pour qui la nature n\u2019est pas un simple d\u00e9cor ext\u00e9rieur, mais un lieu o\u00f9 s\u2019inscrit notre &#8220;raison d\u2019\u00eatre au monde&#8221;. Ce que Penone cherche dans la nature, c\u2019est une raison d\u2019\u00eatre au monde, une continuit\u00e9 entre le corps humain et le milieu naturel. L\u2019homme n\u2019est pas ext\u00e9rieur \u00e0 la nature : il en est une forme parmi d\u2019autres. Le temps du corps doit donc s\u2019inscrire dans le temps de la nature, mais aussi dans celui de la culture et de l\u2019histoire.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">Arte Povera : une &#8220;pauvret\u00e9&#8221; paradoxale<\/h5>\n\n\n\n<p>Cette vision est au c\u0153ur de l\u2019Arte Povera, souvent consid\u00e9r\u00e9 comme le premier mouvement v\u00e9ritablement \u00e9cologiste, non pas au sens militant, mais au sens ontologique : les artistes utilisent des mat\u00e9riaux naturels ou \u00e9l\u00e9mentaires pour produire un discours sur la vie humaine, le temps, la m\u00e9moire et la finitude. Toutefois, le terme&nbsp;<em>povera<\/em>&nbsp;ne d\u00e9signe pas une pauvret\u00e9 mat\u00e9rielle. Contrairement \u00e0 une id\u00e9e re\u00e7ue, les artistes de l\u2019Arte Povera utilisent fr\u00e9quemment des mat\u00e9riaux co\u00fbteux et charg\u00e9s d\u2019histoire : bronze, marbre de Carrare, or, granit, cuivre. Penone lui-m\u00eame sculpte le marbre et va, comme Michel-Ange et le Bernin avant lui, chercher son marbre \u00e0 Carrare, en Toscane, \u00e0 environ deux cents kilom\u00e8tres de son lieu de travail. L\u2019Arte Povera n\u2019a donc de pauvre que le nom.<\/p>\n\n\n\n<p>Le terme&nbsp;<em>povera<\/em>&nbsp;renvoie en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 une r\u00e9f\u00e9rence culturelle et spirituelle fondamentale en Italie : saint Fran\u00e7ois d\u2019Assise. Issu d\u2019une famille aristocratique extr\u00eamement riche, saint Fran\u00e7ois fait v\u0153u de pauvret\u00e9 pour acc\u00e9der \u00e0 un rapport plus juste au monde, \u00e0 Dieu et aux autres \u00eatres vivants. En italien,&nbsp;<em>povero<\/em>&nbsp;n\u2019est pas un adjectif n\u00e9gatif : la pauvret\u00e9 est pens\u00e9e comme une richesse spirituelle, une qualit\u00e9 morale. Les artistes de l\u2019Arte Povera ne se comparent pas \u00e0 saint Fran\u00e7ois, mais s\u2019inscrivent dans cette tradition : ils acceptent l\u2019immense h\u00e9ritage de l\u2019art italien &#8211; de l\u2019Antiquit\u00e9 au Baroque &#8211; tout en choisissant un geste artistique d\u00e9pouill\u00e9, humble, recentr\u00e9 sur l\u2019essentiel.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">Une continuit\u00e9 avec la sculpture classique italienne<\/h5>\n\n\n\n<p>Cette filiation avec l\u2019histoire de l\u2019art italien est particuli\u00e8rement visible dans la sculpture de Penone. Le rapprochement avec le Bernin est \u00e9clairant, notamment avec&nbsp;<em>L\u2019Enl\u00e8vement de Proserpine<\/em>, o\u00f9 la main de Pluton s\u2019enfonce dans la chair de Proserpine. <\/p>\n\n\n\n<p>Chez le Bernin, la mati\u00e8re devient chair.<br>Chez Penone, la chair devient arbre.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme chez Michel-Ange ou le Bernin, la sculpture vise \u00e0 rendre la mati\u00e8re vivante, \u00e0 lui donner une pr\u00e9sence organique. L\u2019inscription du corps dans la nature est donc aussi une inscription culturelle : tout dans l\u2019Arte Povera renvoie, de mani\u00e8re parfois ironique, \u00e0 l\u2019Antiquit\u00e9, au Baroque et \u00e0 la tradition classique italienne. Au XX\u1d49 si\u00e8cle, le corps devient un objet \u00e0 la fois naturel, historique et rituel.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"480\" height=\"730\" src=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Rape_of_Prosepina_September_2015-3a.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-986\" srcset=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Rape_of_Prosepina_September_2015-3a.jpg 480w, https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Rape_of_Prosepina_September_2015-3a-197x300.jpg 197w\" sizes=\"auto, (max-width: 480px) 100vw, 480px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">Le temps du corps inscrit dans le temps de la nature<\/h5>\n\n\n\n<p>Penone pousse cette r\u00e9flexion sur le temps encore plus loin dans une autre \u0153uvre r\u00e9alis\u00e9e dans la m\u00eame for\u00eat, o\u00f9 il plante chaque ann\u00e9e un plomb dans le tronc d\u2019un arbre, reli\u00e9 aux autres par un fil de cuivre. Chaque plomb correspond \u00e0 une ann\u00e9e de sa vie. Le corps humain inscrit ainsi son propre temps dans le temps long de la nature, cr\u00e9ant une sorte de constellation biographique inscrite dans l\u2019arbre. Penone affirme que le corps est un \u00e9l\u00e9ment naturel, mais aussi un corps culturel et historique, et que ces dimensions doivent \u00eatre pens\u00e9es ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p>Il r\u00e9sume cette vision dans une phrase particuli\u00e8rement forte : il dit esp\u00e9rer que le jour de sa mort, un grand orage \u00e9clatera dans sa for\u00eat et qu\u2019au moment o\u00f9 il plantera son dernier plomb, il sera frapp\u00e9 par la foudre et finira comme un arbre foudroy\u00e9. Cette image exprime \u00e0 la fois la fragilit\u00e9 du corps humain, la dur\u00e9e plus longue de la nature, et la n\u00e9cessit\u00e9 de penser l\u2019ensemble comme une unit\u00e9 &#8211; une unit\u00e9 indissociable. Chez Penone, cette unit\u00e9 est profond\u00e9ment italienne : enracin\u00e9e dans un territoire pr\u00e9cis, nourrie par l\u2019histoire de l\u2019art, la spiritualit\u00e9 franciscaine et une conception du monde o\u00f9 l\u2019homme n\u2019est jamais s\u00e9par\u00e9 du vivant.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Sources :<\/p>\n\n\n\n<p>Cours Histoire de l&#8217;Art, Ecole des arts de la Sorbonne<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/lintervalle.blog\/2023\/12\/04\/sculpter-aller-vers-lame-par-giuseppe-penone-artiste\/\">Blog F. Ribery<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8230; sauf en ce point, 1968 Pi\u00e9mont, Italie Giuseppe Penone,&nbsp;Il poursuivra sa croissance sauf en ce point&nbsp;(1968), est une \u0153uvre embl\u00e9matique de l\u2019Arte Povera qui d\u00e9passe largement la simple id\u00e9e de l\u2019inscription du corps dans la nature. Penone ne met pas seulement en sc\u00e8ne l\u2019homme face au paysage ou au temps : il engage une&hellip; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/2026\/04\/04\/giuseppe-penone\/\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Penone &#8211; il poursuivra sa croissance&#8230;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[13,1],"tags":[],"class_list":["post-1418","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-intermedes-le-corps-apres-1945","category-non-classe","entry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1418","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1418"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1418\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2654,"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1418\/revisions\/2654"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1418"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1418"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1418"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}