{"id":2585,"date":"2026-04-04T17:11:18","date_gmt":"2026-04-04T15:11:18","guid":{"rendered":"https:\/\/anadel.fr\/?p=2585"},"modified":"2026-04-17T22:53:15","modified_gmt":"2026-04-17T20:53:15","slug":"du-geste-a-lempreinte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/2026\/04\/04\/du-geste-a-lempreinte\/","title":{"rendered":"Du geste \u00e0 l&#8217;empreinte"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le corps au c\u0153ur de la cr\u00e9ation<\/h3>\n\n\n\n<p>Le geste est un langage du corps qui d\u00e9passe souvent la parole. Il peut souligner ou compl\u00e9ter ce que les mots ne peuvent exprimer, r\u00e9v\u00e9lant \u00e0 la fois une intensit\u00e9 affective et une d\u00e9pendance culturelle : certains peuples sont plus \u00ab gestuels \u00bb que d\u2019autres, et m\u00eame les n\u00e9cessit\u00e9s physiologiques ne font pas du corps un simple objet naturel, il est toujours fa\u00e7onn\u00e9 par la culture.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019histoire de l\u2019art, le corps et le geste interviennent depuis longtemps via la danse ou la musique, mais ce n\u2019est qu\u2019au XX\u1d49 si\u00e8cle qu\u2019ils entrent pleinement dans la peinture, notamment avec l\u2019<em>action painting<\/em>. Jackson Pollock incarne cette approche : par ses \u00ab <em>drippings <\/em>\u00bb, il engage tout son corps dans l\u2019acte cr\u00e9atif, laissant transpara\u00eetre ses affects, tensions et \u00e9motions au-del\u00e0 de toute verbalisation. Pour l\u2019artiste, cr\u00e9er devient une n\u00e9cessit\u00e9 int\u00e9rieure, un moyen de survie et de r\u00e9demption face \u00e0 la douleur ou \u00e0 la violence. <em>La mati\u00e8re picturale se fait alors m\u00e9taphore du corps<\/em>, un espace o\u00f9 se manifeste physiquement l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 de l\u2019artiste.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"171\" height=\"159\" data-id=\"2591\" src=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Unknown-2.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2591\"\/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"204\" height=\"192\" data-id=\"2592\" src=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Unknown-3.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2592\"\/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"204\" height=\"192\" data-id=\"2593\" src=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Unknown-4.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2593\"\/><\/figure>\n<\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Jackson Pollock, drippings<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9tape suivante, au-del\u00e0 du geste, est celle de l\u2019empreinte. Apparue sur la sc\u00e8ne artistique avec Yves Klein en 1958, l\u2019empreinte ne se limite plus \u00e0 exprimer des affects, elle constitue un v\u00e9ritable passage \u00e0 l\u2019acte. Elle rompt avec l\u2019expressionnisme et l\u2019histoire traditionnelle de la repr\u00e9sentation, qui s\u00e9pare le r\u00e9el du mod\u00e8le. Par l\u2019empreinte, mod\u00e8le et repr\u00e9sentation co\u00efncident : on passe de la simple repr\u00e9sentation \u00e0 la \u00ab pr\u00e9sentation \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"515\" src=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/HIROSHIMA-KLEIN.jpg-1024x515.avif\" alt=\"\" class=\"wp-image-2595\" srcset=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/HIROSHIMA-KLEIN.jpg-1024x515.avif 1024w, https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/HIROSHIMA-KLEIN.jpg-300x151.avif 300w, https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/HIROSHIMA-KLEIN.jpg-768x386.avif 768w, https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/HIROSHIMA-KLEIN.jpg-1536x772.avif 1536w, https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/HIROSHIMA-KLEIN.jpg-1568x788.avif 1568w, https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/HIROSHIMA-KLEIN.jpg.avif 1600w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Yves Klein, <em>Hiroshima<\/em>, 1961, Anthropom\u00e9tries, IKB, Menil Collection, Houston<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Yves Klein, Hiroshima &#8211; l&#8217;empreinte de la catastrophe<\/h4>\n\n\n\n<p>En 1961, Yves Klein cr\u00e9e <em>Hiroshima<\/em>, une \u0153uvre qui transpose la m\u00e9moire de la bombe atomique du 6 ao\u00fbt 1945 \u00e0 travers son geste pictural. Klein utilise des corps de mod\u00e8les comme pinceaux vivants pour imprimer sur la toile des silhouettes fantomatiques, en bleu IKB, \u00e9voquant \u00e0 la fois l\u2019intensit\u00e9 et la permanence de la mati\u00e8re humaine.<br>Le projet fait explicitement r\u00e9f\u00e9rence <a href=\"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/2026\/03\/06\/1945-les-ombres-humaines-dhiroshima-et-de-nagasaki\/\">aux ombres laiss\u00e9es par les corps br\u00fbl\u00e9s sur les murs et le sol d\u2019Hiroshima apr\u00e8s l\u2019explosion de Little Boy<\/a>. Ces marques, visibles gr\u00e2ce aux rayonnements thermiques, ont surv\u00e9cu seulement quelques ann\u00e9es avant de dispara\u00eetre, mais Klein s\u2019en saisit pour cr\u00e9er un t\u00e9moignage artistique. Son \u0153uvre ne repr\u00e9sente pas des individus pr\u00e9cis : les traits sont effac\u00e9s, les silhouettes g\u00e9n\u00e9riques, afin de rendre hommage \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 enti\u00e8re touch\u00e9e par la catastrophe.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 travers Hiroshima, l\u2019empreinte corporelle devient passage \u00e0 l\u2019acte et trace de survie. Les silhouettes bleues mat\u00e9rialisent une pr\u00e9sence qui subsiste au-del\u00e0 de la destruction et de la mort, transformant l\u2019art en m\u00e9moire vivante. L\u2019\u0153uvre illustre parfaitement la mani\u00e8re dont le geste et l\u2019empreinte, chez Klein, d\u00e9passent la simple repr\u00e9sentation pour devenir un acte de t\u00e9moignage et de permanence de la chair, m\u00eame immat\u00e9rielle, face \u00e0 l\u2019histoire.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>Dans la culture occidentale, cette id\u00e9e n\u2019est pas sans ant\u00e9c\u00e9dent. Les images acheiropo\u00ef\u00e8tes, dites \u00ab non faites de main d\u2019homme \u00bb, comme le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Mandylion\">Mandylion<\/a> ou <a href=\"https:\/\/nominis.cef.fr\/contenus\/saint\/570\/Sainte-V\u00e9ronique.html\">la Vera Icona<\/a> (la Sainte Face), sont des reliques o\u00f9 le visage du Christ appara\u00eet par simple apposition sur un linge. Ces images ont inspir\u00e9 une partie de la d\u00e9marche de Klein : certaines de ses \u0153uvres, baptis\u00e9es \u00ab Suaires \u00bb, font explicitement r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ces empreintes sacr\u00e9es, rappelant que la figure du Christ et sa mat\u00e9rialit\u00e9 sont un mod\u00e8le constant pour penser le lien entre corps, geste et image.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-media-text is-stacked-on-mobile\"><figure class=\"wp-block-media-text__media\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"307\" height=\"480\" src=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/b2ap3_thumbnail_25.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2602 size-full\" srcset=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/b2ap3_thumbnail_25.jpg 307w, https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/b2ap3_thumbnail_25-192x300.jpg 192w\" sizes=\"auto, (max-width: 307px) 100vw, 307px\" \/><\/figure><div class=\"wp-block-media-text__content\">\n<p>Yves Klein, <em>Anthropom\u00e9trie suaire sans titre<\/em>, 1961 &#8211; &#8220;Anthropom\u00e9trie&#8221; est le terme invent\u00e9 par Pierre Restany (anthropo : homme, m\u00e9trie : mesure) pour nommer ce que Klein d\u00e9signait comme &#8220;la technique des pinceaux vivants&#8221;. Et c\u2019est bien <em>une mesure du vivant<\/em> que l\u2019artiste veut communiquer et met au point en 1960. <\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p>Ainsi, le geste et l\u2019empreinte d\u00e9placent le r\u00f4le du corps dans l\u2019art : de simple sujet ou m\u00e9taphore, il devient acteur et t\u00e9moin direct de la cr\u00e9ation, un moyen de co\u00efncider avec la r\u00e9alit\u00e9, de la ressentir et de la laisser sur la mati\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>Comme le rappelle l\u2019historien de l\u2019art Paul Ardenne dans son livre <em>L\u2019image-corps : figures de l\u2019humain dans l\u2019art du XXe si\u00e8cle<\/em>, <strong>le corps dans l\u2019art agit comme un miroir de la condition humaine<\/strong>. Le corps physique et organique devient un signe visuel charg\u00e9 de sens, et la mani\u00e8re dont il est mis en sc\u00e8ne refl\u00e8te les transformations culturelles et sociales. Au XX\u1d49 si\u00e8cle, la soci\u00e9t\u00e9 occidentale sort progressivement d\u2019une longue p\u00e9riode de censure et de tabous. Les trag\u00e9dies historiques, le recul du religieux et la remise en cause des \u00ab grands r\u00e9cits \u00bb, analys\u00e9e par Jean-Fran\u00e7ois Lyotard, favorisent une \u00e9mancipation du corps. Celui-ci se d\u00e9voile dans sa mat\u00e9rialit\u00e9, son organicit\u00e9 et son int\u00e9riorit\u00e9, autant physique que psychique. Cette d\u00e9sacralisation conduit les artistes \u00e0 abandonner l\u2019id\u00e9alisation classique au profit de repr\u00e9sentations plus directes, o\u00f9 le corps quitte progressivement l\u2019espace du tableau pour devenir pr\u00e9sence, action et exp\u00e9rience.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Yves Klein : le corps comme pinceau vivant et empreinte performative<\/h3>\n\n\n\n<p>Yves Klein [1928-1962] est l\u2019une des figures majeures de l\u2019empreinte dans l\u2019art moderne. Sa vie br\u00e8ve, interrompue \u00e0 34 ans, ne l\u2019emp\u00eache pas de r\u00e9volutionner le rapport entre corps, mati\u00e8re et toile. Avec les <em>Anthropom\u00e9tries<\/em>, il va plus loin que le monochrome : le rectangle de la toile cesse d\u2019\u00eatre une surface de repr\u00e9sentation et devient le th\u00e9\u00e2tre d\u2019une action o\u00f9 le corps et la peinture se confondent.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-2 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"445\" data-id=\"2609\" src=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Klein.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2609\" srcset=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Klein.jpg 800w, https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Klein-300x167.jpg 300w, https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Klein-768x427.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/figure>\n<\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Yves Klein, <em>Anthropom\u00e9tries<\/em>, 1960<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Dans ses premi\u00e8res actions d\u00e8s 1958 \u00e0 Paris, Klein orchestre des mod\u00e8les f\u00e9minins, les fameux \u00ab pinceaux vivants \u00bb, qui enduisent leur corps de peinture bleu outremer (IKB) pour laisser leur empreinte sur le sol ou sur un mur. Lors de la s\u00e9ance de mars 1960 \u00e0 la Galerie Internationale d\u2019Art Contemporain, Klein appara\u00eet en ma\u00eetre de c\u00e9r\u00e9monie, smoking et gants blancs, tandis qu\u2019un orchestre joue sa composition minimaliste Symphonie Monotone Silence. Les gestes des femmes ne sont pas de simples poses picturales : elles deviennent outil, m\u00e9dium et vecteur d\u2019empreinte, tandis que Klein lui-m\u00eame reste \u00e0 distance, comme chef d\u2019orchestre de l\u2019\u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-media-text is-stacked-on-mobile is-vertically-aligned-center\" style=\"grid-template-columns:49% auto\"><figure class=\"wp-block-media-text__media\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"283\" height=\"332\" src=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Kleinbleu.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2610 size-full\" srcset=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Kleinbleu.jpg 283w, https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Kleinbleu-256x300.jpg 256w\" sizes=\"auto, (max-width: 283px) 100vw, 283px\" \/><\/figure><div class=\"wp-block-media-text__content\">\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><em><sup>Le bleu outremer (IKB) n\u2019est pas seulement une couleur : Klein y voyait une mati\u00e8re spirituelle, une ouverture<\/sup><\/em> <em><sup>vers l\u2019infini. Le corps f\u00e9minin devient ainsi vecteur d\u2019une exp\u00e9rience quasi mystique : empreinte charnelle mais aussi trace sacr\u00e9e, comme une relique contemporaine, il d\u00e9passe l&#8217;\u00e9rotisme et devient signe absolu.<\/sup><\/em> <\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p>Ces Anthropom\u00e9tries bouleversent le statut de l\u2019empreinte : elle n\u2019est plus un indice discret ou fragile, mais l\u2019\u0153uvre elle-m\u00eame, r\u00e9sultat du passage du corps dans l\u2019espace r\u00e9el. Les silhouettes apparaissent tronqu\u00e9es, fantomatiques, presque abstraites : l\u2019important n\u2019est plus le corps singulier, mais son irruption dans l\u2019ici et maintenant, son passage \u00e0 l\u2019acte. La femme, autrefois repr\u00e9sent\u00e9e comme motif dans la peinture, devient ici actrice et trace de la performance, introduisant une dimension \u00e0 la fois corporelle et sociale : le corps n\u2019est plus un objet \u00e0 contempler, mais un \u00e9v\u00e9nement vivant.<\/p>\n\n\n\n<p>Les Anthropom\u00e9tries, par leur mise en sc\u00e8ne et leur provocation, interrogent \u00e9galement la place de la femme dans l\u2019art et dans la soci\u00e9t\u00e9. \u00c0 une \u00e9poque encore conservatrice, la nudit\u00e9 utilis\u00e9e comme outil de performance provoque scandale et d\u00e9bat : le corps f\u00e9minin devient instrument et m\u00e9dium, et Klein s\u2019inscrit pleinement dans l\u2019esprit contestataire des ann\u00e9es 1960, o\u00f9 le rejet de l\u2019\u0153uvre achev\u00e9e et la fusion de l\u2019art et de la vie \u00e9taient des revendications centrales.<br>Ainsi, avec Yves Klein, le geste du corps et l\u2019empreinte deviennent le moyen d\u2019un art vivant et imm\u00e9diat, o\u00f9 l\u2019action, le passage \u00e0 l\u2019acte et la trace du r\u00e9el se substituent \u00e0 la simple repr\u00e9sentation. L\u2019artiste ne touche plus directement la toile : il orchestre la performance, et le corps des mod\u00e8les, en agissant dans l\u2019espace, devient le v\u00e9ritable agent de cr\u00e9ation.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Gutai : le corps sort du support<\/h3>\n\n\n\n<p>\u00c0 la fin des ann\u00e9es 1950, le collectif japonais Gutai (\u00ab concret \u00bb), fond\u00e9 en 1954, franchit une \u00e9tape d\u00e9cisive dans l\u2019\u00e9volution du geste et de l\u2019empreinte. Alors que Klein faisait du corps un outil pour marquer la surface, les artistes du groupe Gutai vont plus loin : le corps ne se contente plus de laisser une trace, il quitte le support et devient lui-m\u00eame action et \u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n\n\n\n<p>Les membres du groupe exp\u00e9rimentent des gestes picturaux radicaux : peindre avec un canon, une bicyclette ou une machine, lutter dans la boue, peindre avec les pieds, utiliser des dispositifs m\u00e9caniques ou des actions physiques extr\u00eames. Kazuo Shiraga r\u00e9alise des peintures en se roulant dans la boue ou en peignant suspendu par les pieds, engageant directement son corps dans la mati\u00e8re. <\/p>\n\n\n\n<p>En 1955, l\u2019un des membres les plus embl\u00e9matiques, Sabur\u014d Murakami, pr\u00e9sente lors de la premi\u00e8re exposition Gutai \u00e0 Tokyo une \u0153uvre intitul\u00e9e&nbsp;<em>Six trous<\/em>. Apr\u00e8s avoir tendu trois \u00e9crans de papier mont\u00e9s sur ch\u00e2ssis, il y perce simultan\u00e9ment six orifices. Il d\u00e9veloppe ensuite ce dispositif en multipliant les \u00e9crans, en recouvrant certaines surfaces de poudre d\u2019or, avant de se projeter enti\u00e8rement \u00e0 travers le papier. Ce geste, \u00e0 la fois irr\u00e9v\u00e9rencieux, lib\u00e9rateur et \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, d\u00e9truit la surface picturale : il ne subsiste que les cadres d\u00e9chir\u00e9s et quelques traces photographiques. L\u2019accent est mis sur&nbsp;<strong>l\u2019action du corps plut\u00f4t que sur l\u2019objet artistique<\/strong>, et l\u2019impact psychologique sur le spectateur devient essentiel. Dans une autre \u0153uvre,&nbsp;<em>Veuillez entrer s\u2019il vous pla\u00eet<\/em>, Murakami bloque m\u00eame l\u2019entr\u00e9e de la salle par des \u00e9crans de papier, obligeant le public \u00e0 participer physiquement \u00e0 l\u2019action.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces performances rappellent l\u2019esprit du&nbsp;<em>passage \u00e0 l\u2019acte<\/em>&nbsp;d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent chez Yves Klein. On peut notamment rapprocher ces actions du&nbsp;<em>Saut dans le vide<\/em>&nbsp;(1960), o\u00f9 Klein se jette d\u2019une fen\u00eatre, laissant comme trace une photographie manipul\u00e9e. Dans les deux cas, l\u2019\u0153uvre r\u00e9side moins dans l\u2019objet que dans l\u2019\u00e9v\u00e9nement \u00e9ph\u00e9m\u00e8re et l\u2019engagement physique de l\u2019artiste.<\/p>\n\n\n\n<p>Lors de la performance <em>Passing Through <\/em>(1956), Sabur\u014d Murakami traverse violemment des \u00e9crans de papier tendus sur des cadres. Son corps d\u00e9chire la surface, symbolisant la destruction de l\u2019espace traditionnel de la repr\u00e9sentation.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"308\" height=\"307\" src=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/1_murakami-saburo_passing-through-1-e1581012809862.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2616\" srcset=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/1_murakami-saburo_passing-through-1-e1581012809862.jpg 308w, https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/1_murakami-saburo_passing-through-1-e1581012809862-300x300.jpg 300w, https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/1_murakami-saburo_passing-through-1-e1581012809862-150x150.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 308px) 100vw, 308px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Gutai, Passing Through, 1956, <a href=\"https:\/\/sophietann.wordpress.com\/2020\/02\/07\/passage-1956-by-saburo-murakami\/\">vid\u00e9o<\/a><br><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Ces actions, influenc\u00e9es par la tradition gestuelle japonaise, notamment la calligraphie, d\u00e9passent n\u00e9anmoins ce cadre culturel pour proposer une vision nouvelle de l\u2019art : la cr\u00e9ation devient exp\u00e9rience physique, imm\u00e9diate et risqu\u00e9e. L\u2019\u0153uvre n\u2019est plus une image stable mais l\u2019action elle-m\u00eame, la rencontre entre le corps et la mati\u00e8re. Le corps n\u2019est plus seulement trace ou empreinte : il est outil, support, m\u00e9dium et moteur de l\u2019\u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec Gutai, l\u2019art se produit dans et par le corps. Cette radicalit\u00e9 ouvre la voie, dans les ann\u00e9es 1960 et 1970, aux pratiques de la performance et du Body Art, o\u00f9 le corps devient un territoire d\u2019exp\u00e9rimentation directe, mettant en jeu pr\u00e9sence, geste et confrontation avec le r\u00e9el.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Piero Manzoni : l\u2019artiste comme \u0153uvre<\/h3>\n\n\n\n<p>Proche de Klein par la bri\u00e8vet\u00e9 de sa vie et par sa volont\u00e9 de remettre en cause la notion traditionnelle d\u2019\u0153uvre, Piero Manzoni [1933-1963] explore d\u00e8s la fin des ann\u00e9es 1950 de nouvelles formes d\u2019empreinte et de pr\u00e9sence. Il r\u00e9alise d\u2019abord les&nbsp;<em>Achromes<\/em>, surfaces monochromes blanches o\u00f9 la mati\u00e8re &#8211; pl\u00e2tre, coton ou kaolin &#8211; agit presque d\u2019elle-m\u00eame, r\u00e9duisant l\u2019intervention expressive de l\u2019artiste. Il poursuit ensuite cette logique en produisant des empreintes d\u2019objets, en se pr\u00e9sentant comme \u00ab sculpture vivante \u00bb, en conservant son souffle dans des ballons ou encore en mettant en bo\u00eete ses propres excr\u00e9ments (<em>Merda d\u2019artista<\/em>)&#8230;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-3 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"200\" height=\"148\" data-id=\"2627\" src=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Unknown-6.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2627\"\/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"171\" height=\"148\" data-id=\"2628\" src=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/images-8.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2628\"\/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"240\" height=\"148\" data-id=\"2629\" src=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Unknown-7.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2629\"\/><\/figure>\n<\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Piero Manzoni, <em>Achromes<\/em>, 1961 &#8211; par le rejet de tout \u00abconditionnement subjectif\u00bb, l&#8217;artiste laisse libre champ \u00e0 une surface \u00e9pur\u00e9e qui affirme sa pr\u00e9sence en tant qu&#8217;espace et lumi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces gestes, comme ceux de Klein ou du groupe Gutai, visent \u00e0 s\u2019\u00e9loigner d\u2019une conception subjectiviste de la cr\u00e9ation. L\u2019\u0153uvre ne r\u00e9sulte plus du jaillissement int\u00e9rieur du moi, mais d\u2019un protocole souvent m\u00e9canique, al\u00e9atoire ou conceptuel. Chez Manzoni, l\u2019artiste lui-m\u00eame devient mati\u00e8re et objet, brouillant les fronti\u00e8res entre art et vie. Cette \u00e9volution annonce les pratiques performatives des ann\u00e9es 1970, o\u00f9 le corps sera directement engag\u00e9 comme lieu de l\u2019\u0153uvre, \u00e0 l\u2019image de la performance&nbsp;<em>Run Off<\/em>&nbsp;de Vito Acconci, qui transforme la sueur et l\u2019empreinte corporelle en acte artistique.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">l&#8217;Arte Povera<\/h3>\n\n\n\n<p>L\u2019Arte Povera est un mouvement nomm\u00e9 en 1967 par le critique Germano Celant \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une exposition \u00e0 G\u00eanes. Le terme \u00ab pauvre \u00bb ne d\u00e9signe pas l\u2019usage de mat\u00e9riaux modestes &#8211; certaines \u0153uvres utilisent du bronze, ou bien du marbre de Carrare &#8211; mais une \u00e9conomie de moyens. L\u2019artiste travaille avec des \u00ab moyens du bord \u00bb afin d\u2019\u00e9viter la d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019industrie culturelle et aux institutions.<\/p>\n\n\n\n<p>La \u00ab pauvret\u00e9 \u00bb concerne donc les conditions de production, compens\u00e9es par une richesse th\u00e9orique et critique. L\u2019artiste renonce \u00e0 un \u00e9quipement lourd et \u00e0 sa d\u00e9pendance envers l\u2019industrie culturelle, privil\u00e9giant des interventions simples, directes et souvent provisoires. L\u2019Arte Povera met l\u2019accent sur le processus et le geste cr\u00e9ateur plut\u00f4t que sur l\u2019objet fini. En refusant la fixation de l\u2019\u0153uvre comme produit stable, l\u2019Arte Povera adopte une attitude critique face \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 industrielle et au march\u00e9 de l\u2019art, particuli\u00e8rement dans le contexte du nord industriel italien (Turin et l\u2019univers de la FIAT). L\u2019art devient nomade, difficile \u00e0 saisir, et se d\u00e9finit par une posture de r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019institutionnalisation.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette d\u00e9marche s\u2019accompagne d\u2019un int\u00e9r\u00eat marqu\u00e9 pour les \u00e9l\u00e9ments naturels, le temps et la relation entre l\u2019homme et son environnement. L\u2019Arte Povera peut ainsi \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019un des premiers mouvements artistiques \u00e0 d\u00e9velopper une sensibilit\u00e9 \u00e9cologique, o\u00f9 l\u2019\u0153uvre s\u2019inscrit dans une continuit\u00e9 entre le vivant humain et le monde naturel, plut\u00f4t que comme un objet autonome.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Giuseppe Penone et l\u2019empreinte dans l\u2019Arte Povera <\/h3>\n\n\n\n<p>Giuseppe Penone [1947- ] est la figure majeure de l\u2019Arte Povera qui utilise l\u2019empreinte avec une sensibilit\u00e9 unique, en lien direct avec la nature plut\u00f4t qu\u2019avec le corps de l\u2019artiste lui-m\u00eame. Contrairement \u00e0 d\u2019autres artistes urbains ou au Body Art, Penone inscrit son corps dans le monde v\u00e9g\u00e9tal pour r\u00e9v\u00e9ler et accompagner les processus naturels, souligner le cycle vital et cr\u00e9er une harmonie entre le vivant humain et le vivant non humain.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s 1968, dans&nbsp;<em>Il poursuivra sa croissance sauf en ce point<\/em>, Penone fixe la trace de sa main sur un tronc d\u2019arbre via un moulage en bronze. L\u2019arbre continue de cro\u00eetre, sauf \u00e0 l\u2019endroit pr\u00e9cis o\u00f9 la main est fix\u00e9e, illustrant la temporalit\u00e9 diff\u00e9rente du corps humain et du v\u00e9g\u00e9tal. Dans la m\u00eame for\u00eat, il r\u00e9alise&nbsp;<em>L\u2019arbre se souviendra du contact<\/em>, en entourant un arbre de fils de fer suivant le contour de son corps : l\u2019arbre se modifie en grandissant, \u00e9pousant les formes humaines, anticipant ses&nbsp;<em>Gestes v\u00e9g\u00e9taux<\/em>&nbsp;des ann\u00e9es 1980.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-4 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"200\" height=\"305\" data-id=\"2640\" src=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/01.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2640\" srcset=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/01.jpg 200w, https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/01-197x300.jpg 197w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"200\" height=\"255\" data-id=\"2641\" src=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/02.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2641\"\/><\/figure>\n<\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Giuseppe Penone, Il poursuivra sa croissance sauf en ce point, 1968<\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9marche de Penone s\u2019ancre dans une attention aux \u00e9nergies naturelles (croissance, souffle, \u00e9quilibre, \u00e9rosion) et dans une sensibilit\u00e9 mythologique et animiste proche des philosophes pr\u00e9socratiques. Il cherche \u00e0 cr\u00e9er un rapport \u00e9pidermique avec la nature, consid\u00e9rant la peau comme limite, fronti\u00e8re et interface entre l\u2019homme et son environnement : la peau devient m\u00e9dium, support de contact et d\u2019empreinte.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-media-text is-stacked-on-mobile\"><figure class=\"wp-block-media-text__media\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"200\" height=\"303\" src=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/03.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2643 size-full\" srcset=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/03.jpg 200w, https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/03-198x300.jpg 198w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/><\/figure><div class=\"wp-block-media-text__content\">\n<p><em>L&#8217;arbre se souviendra du contacte<\/em>, Penone, Alpes Maritimes, vue prise \u00e0 un moment de la croissance de l&#8217;arbre entour\u00e9 de fil de zinc.<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p>\u00c0 partir de 1970, avec son livre&nbsp;<em>D\u00e9velopper sa peau<\/em><strong><em>&nbsp;<\/em><\/strong>et une s\u00e9rie d\u2019empreintes, Penone explore la trace tactile : l\u2019empreinte est \u00e0 la fois animale, mat\u00e9rielle et culturelle. Les \u0153uvres murales comme&nbsp;<em>Pression<\/em>&nbsp;(1974) ou&nbsp;<em>Paupi\u00e8res <\/em>(1978) prolongent cette id\u00e9e, agrandissant l\u2019empreinte de sa peau pour cr\u00e9er des formes organiques et nervur\u00e9es rappelant le v\u00e9g\u00e9tal. Ces cr\u00e9ations se situent \u00e0 la fronti\u00e8re entre peinture et sculpture, entre voir et toucher, et permettent de mat\u00e9rialiser dans l\u2019espace la relation entre corps et nature, entre temporalit\u00e9 humaine et v\u00e9g\u00e9tale.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, Penone transforme le geste corporel en action inscrite dans la dur\u00e9e de la nature, fusionnant corps et environnement dans un dialogue tactile et spatial, tout en restant fid\u00e8le \u00e0 l\u2019esprit critique et \u00e0 la dimension th\u00e9orique de l\u2019Arte Povera.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Corps et Land Art : la trace du corps dans la nature <\/h3>\n\n\n\n<p>Dans le Land Art, certains artistes explorent le lien entre le corps, son empreinte et la nature. Chez&nbsp;<a href=\"https:\/\/hytrape.com\/blogs\/art\/andy-goldsworthy-le-poete-des-pierres-et-du-temps-qui-passe?srsltid=AfmBOoo0CHK7_Rk3wouh39lI_k8Pb47k0oAQwDdMadExjrDBRdGHqkVF\">Andy Goldsworthy<\/a>, l\u2019intervention est g\u00e9n\u00e9ralement discr\u00e8te et r\u00e9alis\u00e9e avec des mat\u00e9riaux naturels destin\u00e9s \u00e0 retourner \u00e0 l\u2019environnement. M\u00eame si la relation directe au corps n\u2019est pas toujours centrale, certaines actions soulignent une volont\u00e9 de fusion avec les \u00e9l\u00e9ments. Dans&nbsp;<em>Allong\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il pleuve ou neige\u2026<\/em>&nbsp;(1988), l\u2019artiste s\u2019\u00e9tend sur le sol jusqu\u2019\u00e0 ce que la pluie ou la neige imprime la forme de son corps. L\u2019empreinte laiss\u00e9e dans la terre ou la neige manifeste une pr\u00e9sence minimale, presque effac\u00e9e, o\u00f9 le corps se confond avec les processus naturels.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"344\" src=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Rain-Shadows-2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2700\" srcset=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Rain-Shadows-2.jpg 640w, https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Rain-Shadows-2-300x161.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Andy Goldsworthy, <em><a href=\"https:\/\/www.singulart.com\/blog\/fr\/2024\/10\/04\/ombres-de-pluie-par-andy-goldsworthy\/#:~:text=Comment%20Goldsworthy%20a%2Dt%2Dil,ce%20que%20la%20pluie%20cesse.\">Rain shadows<\/a><\/em>, 1984, mat\u00e9riaux naturels<\/p>\n\n\n\n<p>Chez&nbsp;Richard Long, le corps intervient par la marche, geste \u00e9l\u00e9mentaire qui devient acte artistique. La marche est con\u00e7ue comme un \u00e9change direct avec le paysage, dont l\u2019artiste conserve la trace. Dans&nbsp;<em>A Line Made by Walking<\/em>&nbsp;(1967), Long cr\u00e9e une ligne dans l\u2019herbe simplement en marchant \u00e0 plusieurs reprises au m\u00eame endroit. L\u2019\u0153uvre ne montre pas le corps lui-m\u00eame mais son passage. Cette d\u00e9marche se prolonge dans ses nombreux parcours \u00e0 travers diff\u00e9rents territoires (Laponie, d\u00e9sert du Hoggar, N\u00e9pal), o\u00f9 la trace laiss\u00e9e par la marche devient le t\u00e9moignage d\u2019une pr\u00e9sence humaine minimale. Lorsque la marche s\u2019interrompt, la ligne peut se transformer en cercle, forme primitive \u00e9voquant le campement, le rassemblement et le feu, symboles d\u2019une relation fondamentale entre l\u2019homme et la nature.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"884\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/long_line_1967.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2702\" srcset=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/long_line_1967.jpg 884w, https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/long_line_1967-259x300.jpg 259w, https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/long_line_1967-768x890.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 884px) 100vw, 884px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Richard Long, <em>A line made by walking<\/em>, 1987<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Vers une fusion du corps et du paysage : <a href=\"https:\/\/talentsartistiques.com\/ana-mendieta-silueta\/?srsltid=AfmBOopEQi62Ubc1OMD8K_bTtZFlfLjAbyvSTg0Rn_S17e5M09Wi2xik\">Ana Mendieta<\/a><\/h3>\n\n\n\n<p>Cette relation entre empreinte corporelle et environnement est approfondie par&nbsp;<a href=\"https:\/\/talentsartistiques.com\/ana-mendieta-silueta\/?srsltid=AfmBOopEQi62Ubc1OMD8K_bTtZFlfLjAbyvSTg0Rn_S17e5M09Wi2xik\">Ana Mendieta<\/a> [1947-1985], qui fusionne directement le corps et la nature. Exil\u00e9e de Cuba et install\u00e9e aux \u00c9tats-Unis, elle explore la m\u00e9moire, l\u2019identit\u00e9 et la spiritualit\u00e9 \u00e0 travers des performances o\u00f9 le corps est inscrit dans le paysage. Sa&nbsp;<em><a href=\"https:\/\/numero.com\/art\/art-art\/feminisme-ecologie-comment-ana-mendieta-a-anticipe-les-enjeux-de-demain\/\">Silueta Series<\/a><\/em>&nbsp;(1973-1980) consiste \u00e0 tracer ou creuser des silhouettes dans la terre, le sable ou la v\u00e9g\u00e9tation, parfois remplies de feu, de fleurs ou d\u2019eau. Ces formes, souvent \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, disparaissent rapidement sous l\u2019effet du temps, cr\u00e9ant un dialogue entre la fragilit\u00e9 du corps et la permanence de la nature.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-5 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"666\" height=\"1024\" data-id=\"2705\" src=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/MendietaSiluetaMexico-666x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2705\" srcset=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/MendietaSiluetaMexico-666x1024.jpg 666w, https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/MendietaSiluetaMexico-195x300.jpg 195w, https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/MendietaSiluetaMexico-768x1181.jpg 768w, https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/MendietaSiluetaMexico.jpg 829w\" sizes=\"auto, (max-width: 666px) 100vw, 666px\" \/><\/figure>\n<\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Ana Mendieta, Untitled &#8211; from <em><a href=\"https:\/\/smarthistory.org\/ana-mendieta-silueta-series\/\">Silueta Series<\/a><\/em>, 1976<\/p>\n\n\n\n<p>Document\u00e9es par la photographie, ces empreintes corporelles deviennent des traces m\u00e9morielles li\u00e9es \u00e0 l\u2019exil et \u00e0 la r\u00e9appropriation symbolique du territoire. Chez Mendieta, chaque silhouette agit comme un rituel o\u00f9 l\u2019individuel rejoint le collectif, et o\u00f9 l\u2019absence du corps devient pr\u00e9sence. Son travail prolonge ainsi les recherches du Land Art tout en les rapprochant du Body Art : le corps n\u2019est plus seulement celui qui marche ou s\u2019allonge dans la nature, il devient lui-m\u00eame empreinte, m\u00e9moire et lien spirituel avec le paysage.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"678\" src=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/MendietaUntitledMexicoBeach-1024x678.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2707\" srcset=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/MendietaUntitledMexicoBeach-1024x678.jpg 1024w, https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/MendietaUntitledMexicoBeach-300x199.jpg 300w, https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/MendietaUntitledMexicoBeach-768x508.jpg 768w, https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/MendietaUntitledMexicoBeach.jpg 1500w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Ana Mendieta, Untitled &#8211; from <a href=\"https:\/\/smarthistory.org\/ana-mendieta-silueta-series\/\">Silueta Series<\/a>, 1976<\/p>\n\n\n\n<p>Les Siluetas, toujours l\u00e9g\u00e8rement inf\u00e9rieures \u00e0 un m\u00e8tre cinquante (la taille de l\u2019artiste), sont parfois interpr\u00e9t\u00e9es comme des autoportraits.<\/p>\n\n\n\n<p>Son oeuvre peut \u00eatre rapproch\u00e9e des performances de Carole Schneemann, qui investit la sensualit\u00e9 et le corps en action, ou de Gina Pane, qui transforme la chair et la douleur en rituel artistique.<\/p>\n\n\n\n<p>Sources :<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li>Cours d&#8217;histoire de l&#8217;art, Makarius, Paris 1<\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"https:\/\/techniquejacksonpollock.wordpress.com\/les-procedes-techniques-4\/\">La technique de Jackson Pollock<\/a> &#8211; dripping\/pouring<\/li>\n\n\n\n<li>Yves Klein, <a href=\"https:\/\/www.artpress.com\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/3065.pdf\">Les cendres de l&#8217;art<\/a><\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"https:\/\/mediation.centrepompidou.fr\/education\/ressources\/ENS-penone\/penone.html\">Giuseppe Penone, R\u00e9trospective<\/a>, Centre Pompidou<\/li>\n\n\n\n<li>Giuseppe Penone, <a href=\"https:\/\/art.moderne.utl13.fr\/2014\/12\/cours-du-12-decembre-2014\/\">cours<\/a><\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"https:\/\/talentsartistiques.com\/ana-mendieta-silueta\/?srsltid=AfmBOopEQi62Ubc1OMD8K_bTtZFlfLjAbyvSTg0Rn_S17e5M09Wi2xik\">Ana Mendieta<\/a><\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le corps au c\u0153ur de la cr\u00e9ation Le geste est un langage du corps qui d\u00e9passe souvent la parole. Il peut souligner ou compl\u00e9ter ce que les mots ne peuvent exprimer, r\u00e9v\u00e9lant \u00e0 la fois une intensit\u00e9 affective et une d\u00e9pendance culturelle : certains peuples sont plus \u00ab gestuels \u00bb que d\u2019autres, et m\u00eame les&hellip; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/2026\/04\/04\/du-geste-a-lempreinte\/\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Du geste \u00e0 l&#8217;empreinte<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[15],"tags":[],"class_list":["post-2585","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-le-corps-apres-1945","entry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2585","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2585"}],"version-history":[{"count":53,"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2585\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3038,"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2585\/revisions\/3038"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2585"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2585"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2585"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}