{"id":2859,"date":"2026-04-07T22:31:53","date_gmt":"2026-04-07T20:31:53","guid":{"rendered":"https:\/\/anadel.fr\/?p=2859"},"modified":"2026-04-07T22:32:07","modified_gmt":"2026-04-07T20:32:07","slug":"laubade","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/2026\/04\/07\/laubade\/","title":{"rendered":"L&#8217;Aubade"},"content":{"rendered":"\n<h4 class=\"wp-block-heading\">le corps f\u00e9minin entre captivit\u00e9 et traumatisme<\/h4>\n\n\n\n<p>Peinte en mai 1942 dans l\u2019atelier parisien de Pablo Picasso pendant l\u2019Occupation nazie, L\u2019Aubade est une huile monumentale (195 \u00d7 265 cm) qui reprend le th\u00e8me traditionnel de la s\u00e9r\u00e9nade pour en proposer une vision sombre et anxiog\u00e8ne. <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"590\" src=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/thumb_large-8.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2861\" srcset=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/thumb_large-8.jpg 800w, https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/thumb_large-8-300x221.jpg 300w, https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/thumb_large-8-768x566.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Pablo Picasso, <em>l&#8217;Aubade<\/em>, 1942<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u0153uvre, souvent consid\u00e9r\u00e9e comme l\u2019une des plus importantes de cette p\u00e9riode, transforme le motif classique du nu accompagn\u00e9 d\u2019une musicienne en une sc\u00e8ne de tension, d\u2019enfermement et de souffrance.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Une s\u00e9r\u00e9nade transform\u00e9e en sc\u00e8ne d\u2019enfermement<\/h4>\n\n\n\n<p>Dans L\u2019Aubade, Picasso reprend le th\u00e8me traditionnel de la musique adress\u00e9e \u00e0 une femme, mais il en renverse compl\u00e8tement le sens. Une femme nue est \u00e9tendue sur un lit qui semble h\u00e9riss\u00e9 de piques. Son corps boursoufl\u00e9 et contorsionn\u00e9 \u00e9voque davantage un gisant qu\u2019une figure sensuelle. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle se tient une musicienne aux formes anguleuses tenant une mandoline. Son visage presque souriant ne sugg\u00e8re pas une pr\u00e9sence bienveillante : elle appara\u00eet plut\u00f4t comme une gardienne surveillant la femme couch\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>La sc\u00e8ne peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme une variation du th\u00e8me du \u00ab veilleur et du dormeur \u00bb, auquel Picasso revient souvent. La femme \u00e9tendue semble surveill\u00e9e plut\u00f4t que charm\u00e9e, renfor\u00e7ant l\u2019id\u00e9e d\u2019une captivit\u00e9. Les deux figures sont enferm\u00e9es dans une pi\u00e8ce close et st\u00e9rile. Le plafond bas, le plancher nu et l\u2019absence d\u2019ouverture accentuent l\u2019impression de claustration, rappelant l\u2019atmosph\u00e8re oppressante du couvre-feu durant l\u2019Occupation.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><br>Des r\u00e9f\u00e9rences classiques d\u00e9form\u00e9es<br><\/h4>\n\n\n\n<p>La composition s\u2019inspire de mod\u00e8les c\u00e9l\u00e8bres comme la<em> V\u00e9nus d\u2019Urbino<\/em> du Titien ou<em> L\u2019Odalisque et l\u2019esclave<\/em> d\u2019Ingres. Picasso reprend \u00e9galement l\u2019id\u00e9e de la femme nue \u00e9coutant la musique. Mais l\u2019atmosph\u00e8re de harem ou de sensualit\u00e9 dispara\u00eet totalement. \u00c0 la place, l\u2019artiste cr\u00e9e un climat d\u2019incarc\u00e9ration et de cruaut\u00e9. La \u00ab V\u00e9nus \u00bb \u00e0 la chevelure tombante \u00e9voque presque un cadavre \u00e9tal\u00e9, tandis que la musicienne, aux formes ac\u00e9r\u00e9es, semble jouer le r\u00f4le de ge\u00f4li\u00e8re. Picasso transforme un th\u00e8me traditionnellement l\u00e9ger en une image de tension psychologique.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><br>Une composition marqu\u00e9e par la tension<\/h4>\n\n\n\n<p>Les couleurs sombres \u2013 noirs, gris et bruns \u2013 sont ponctu\u00e9es de tons stridents, violets ou verd\u00e2tres, qui fragmentent l\u2019espace et intensifient l\u2019angoisse. L\u2019\u00e9clairage violent accentue la duret\u00e9 des formes. Le lit aux lattes bris\u00e9es, la position rigide du nu et la silhouette anguleuse de la musicienne cr\u00e9ent une tension extr\u00eame.<br><\/p>\n\n\n\n<p>Dans le coin inf\u00e9rieur gauche, une toile vide sugg\u00e8re l\u2019impossibilit\u00e9 de peindre une image, tandis qu\u2019un oiseau (\u00e0 peine perceptible) dessin\u00e9 sur le corps de la musicienne peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme un symbole d\u2019espoir ou de d\u00e9sir de libert\u00e9. Ces \u00e9l\u00e9ments renforcent l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 de l\u2019\u0153uvre, oscillant entre enfermement et aspiration \u00e0 l\u2019\u00e9vasion.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><br>Le corps f\u00e9minin comme miroir du traumatisme<br><\/h4>\n\n\n\n<p>Dans L\u2019Aubade, le corps f\u00e9minin est fragment\u00e9 et d\u00e9form\u00e9. Cette transformation peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme le reflet d\u2019une fragmentation psychique et sociale li\u00e9e \u00e0 la guerre. La femme couch\u00e9e, compar\u00e9e \u00e0 un gisant, exprime la vuln\u00e9rabilit\u00e9 humaine face \u00e0 la violence historique. Peinte dans un contexte quotidien de danger et de peur, l\u2019\u0153uvre ne repr\u00e9sente pas directement la guerre, mais celle-ci se ressent dans l\u2019atmosph\u00e8re oppressante et dans la tension des figures. Picasso affirmait d\u2019ailleurs ne pas peindre la guerre de mani\u00e8re documentaire, mais que la guerre \u00e9tait pr\u00e9sente dans ses tableaux.<br><\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Une \u0153uvre embl\u00e9matique de l\u2019Occupation<\/h4>\n\n\n\n<p>Pr\u00e9sent\u00e9e au Salon d\u2019Automne de 1944, souvent appel\u00e9 \u00ab Salon de la Lib\u00e9ration \u00bb, L\u2019Aubade incarne la souffrance collective et la pr\u00e9carit\u00e9 humaine de cette p\u00e9riode. Le corps f\u00e9minin devient le sympt\u00f4me d\u2019une crise sociale et psychologique plus large. Cette approche peut \u00eatre rapproch\u00e9e d\u2019autres \u0153uvres de Picasso li\u00e9es \u00e0 la guerre (<em>Guernica<\/em> 1937, <em>Le grand nu<\/em> 1942), o\u00f9 la douleur et la fragmentation du corps occupent une place centrale. Comme dans ces \u0153uvres, <em>L\u2019Aubade<\/em> montre comment le corps peut devenir le miroir des traumatismes du XX\u1d49 si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h4>\n\n\n\n<p>Par son format monumental, son atmosph\u00e8re claustrophobe et la d\u00e9formation du corps f\u00e9minin, <em>L\u2019Aubade <\/em>transforme un th\u00e8me classique en une image marqu\u00e9e par l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 et la tension. Loin d\u2019une sc\u00e8ne musicale paisible, Picasso propose une vision d\u2019enfermement et d\u2019angoisse qui refl\u00e8te les traumatismes de l\u2019Occupation. Le corps f\u00e9minin y devient un symbole de fragilit\u00e9 humaine et de crise collective, faisant de cette \u0153uvre l\u2019une des plus significatives de la p\u00e9riode.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>le corps f\u00e9minin entre captivit\u00e9 et traumatisme Peinte en mai 1942 dans l\u2019atelier parisien de Pablo Picasso pendant l\u2019Occupation nazie, L\u2019Aubade est une huile monumentale (195 \u00d7 265 cm) qui reprend le th\u00e8me traditionnel de la s\u00e9r\u00e9nade pour en proposer une vision sombre et anxiog\u00e8ne. Pablo Picasso, l&#8217;Aubade, 1942 L\u2019\u0153uvre, souvent consid\u00e9r\u00e9e comme l\u2019une des&hellip; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/2026\/04\/07\/laubade\/\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">L&#8217;Aubade<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[19],"tags":[],"class_list":["post-2859","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-desir-et-creation","entry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2859","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2859"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2859\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2865,"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2859\/revisions\/2865"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2859"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2859"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2859"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}