{"id":2923,"date":"2026-04-08T22:07:14","date_gmt":"2026-04-08T20:07:14","guid":{"rendered":"https:\/\/anadel.fr\/?p=2923"},"modified":"2026-04-08T22:07:14","modified_gmt":"2026-04-08T20:07:14","slug":"rhythm-0-le-corps-livre-au-public","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/anadel.fr\/index.php\/2026\/04\/08\/rhythm-0-le-corps-livre-au-public\/","title":{"rendered":"Rhythm 0 &#8211; le corps livr\u00e9 au public"},"content":{"rendered":"\n<p>En 1974, \u00e0 Naples, dans la galerie de Giuseppe Morra, Marina Abramovi\u0107 [1946- ] r\u00e9alise l\u2019une de ses performances les plus radicales :\u00a0<em>Rhythm 0<\/em>. Pendant six heures, l\u2019artiste reste immobile et d\u00e9cide de se soumettre enti\u00e8rement au public. Sur une table plac\u00e9e devant elle, elle dispose soixante-douze objets que les visiteurs peuvent utiliser librement sur son corps. Parmi eux se trouvent des \u00e9l\u00e9ments inoffensifs comme une rose, une plume, du parfum, du pain ou du miel, mais aussi des objets dangereux tels que des ciseaux, des lames de rasoir, un scalpel, des clous, une barre m\u00e9tallique et m\u00eame un pistolet charg\u00e9 d\u2019une balle.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"695\" height=\"378\" src=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/abramovic_2-table.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-2927\" srcset=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/abramovic_2-table.png 695w, https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/abramovic_2-table-300x163.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 695px) 100vw, 695px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Les instructions sont simples : elle se d\u00e9finit comme un objet et accepte la responsabilit\u00e9 de tout ce qui se produira durant la performance. Le public partage le m\u00eame espace qu\u2019elle, ce qui signifie qu\u2019il devient lui-m\u00eame partie int\u00e9grante de l\u2019\u0153uvre. Le but est de voir jusqu\u2019o\u00f9 les spectateurs peuvent aller lorsque l\u2019artiste renonce \u00e0 toute r\u00e9action et \u00e0 toute d\u00e9fense. <\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9but, l\u2019attitude du public reste mesur\u00e9e. Certains lui offrent une fleur, la touchent doucement ou l\u2019embrassent. Mais progressivement, le comportement change. Les gestes deviennent plus intrusifs et plus violents. Apr\u00e8s quelques heures, ses v\u00eatements sont d\u00e9coup\u00e9s, sa peau est entaill\u00e9e, des \u00e9pines de rose sont plant\u00e9es dans son ventre. Des agressions sexuelles ont lieu, et quelqu\u2019un tranche l\u00e9g\u00e8rement sa gorge pour boire son sang. L\u2019atmosph\u00e8re devient de plus en plus tendue. Le moment le plus dangereux survient lorsqu\u2019un visiteur place le pistolet charg\u00e9 contre sa t\u00eate et guide sa main vers la g\u00e2chette. Une dispute \u00e9clate alors entre ceux qui participent \u00e0 la violence et ceux qui tentent de la prot\u00e9ger. <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"695\" height=\"655\" src=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/abramovic_03.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-2929\" srcset=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/abramovic_03.png 695w, https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/abramovic_03-300x283.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 695px) 100vw, 695px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Au d\u00e9part\u00a0<em>\u00abdocile\u00bb<\/em>, le public se montre graduellement plus agressif. Alors qu&#8217;elle a la peau coup\u00e9e \u00e0 la lame de rasoir, la peur se lit dans les yeux de l&#8217;artiste.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Marina Abramovi\u0107 reste immobile tout au long de l\u2019action, fid\u00e8le \u00e0 sa d\u00e9cision initiale. Elle explique plus tard qu\u2019elle a voulu pousser son corps \u00e0 ses limites et observer le comportement humain dans une situation o\u00f9 tout est permis. Selon elle, cette exp\u00e9rience lui a fait comprendre que, laiss\u00e9s totalement libres, les spectateurs pouvaient devenir extr\u00eamement agressifs. Elle affirme s\u2019\u00eatre sentie viol\u00e9e, \u00e9voquant les coupures, la nudit\u00e9 impos\u00e9e et la menace r\u00e9elle de mort.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"695\" height=\"645\" src=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/abramovic_04_gun.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-2930\" srcset=\"https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/abramovic_04_gun.png 695w, https:\/\/anadel.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/abramovic_04_gun-300x278.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 695px) 100vw, 695px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Deux hommes chargent l&#8217;arme \u00e0 feu \u00e0 disposition<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque les six heures se terminent et que la galerie annonce la fin de la performance, Abramovi\u0107 recommence \u00e0 bouger. \u00c0 ce moment-l\u00e0, le public s\u2019enfuit. Les visiteurs, qui avaient trait\u00e9 l\u2019artiste comme un objet, ne peuvent plus affronter la personne r\u00e9elle. Ce retournement r\u00e9v\u00e8le la diff\u00e9rence entre un corps consid\u00e9r\u00e9 comme une chose et un \u00eatre humain dot\u00e9 d\u2019\u00e9motions et de conscience.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Rhythm 0<\/em>&nbsp;s\u2019inscrit dans une r\u00e9flexion plus large sur le corps f\u00e9minin et sur la capacit\u00e9 de r\u00e9sistance. En d\u00e9clarant \u00ab je suis un objet \u00bb, l\u2019artiste met en \u00e9vidence la violence potentielle d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 qui r\u00e9duit une personne \u00e0 un simple instrument. La performance pose des questions \u00e9thiques d\u00e9rangeantes : que se passe-t-il lorsque l\u2019on retire toute responsabilit\u00e9 individuelle ? Jusqu\u2019o\u00f9 peut aller la violence collective ? Elle interroge \u00e9galement la condition f\u00e9minine, en montrant comment la r\u00e9duction d\u2019un \u00eatre humain \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019objet peut conduire \u00e0 nier ses \u00e9motions et son humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette performance demeure l\u2019une des plus radicales de l\u2019histoire de l\u2019art action. En exposant son corps sans d\u00e9fense, Marina Abramovi\u0107 r\u00e9v\u00e8le la fragilit\u00e9 des limites sociales et la brutalit\u00e9 possible du comportement humain. Elle montre aussi que le corps peut devenir un outil artistique capable de questionner profond\u00e9ment notre rapport \u00e0 l\u2019autre, \u00e0 la responsabilit\u00e9 et \u00e0 la dignit\u00e9 humaine.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Sources :<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.slate.fr\/culture\/its-happening\/rhythm-0-quand-marina-abramovic-risquait-peau-danger-peur-pistolet\">Rhythm 0<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/artincontext.org\/rhythm-0\/\">Rhythm 0 Analysis of Marina Abramovic&#8217;s performance <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En 1974, \u00e0 Naples, dans la galerie de Giuseppe Morra, Marina Abramovi\u0107 [1946- ] r\u00e9alise l\u2019une de ses performances les plus radicales :\u00a0Rhythm 0. Pendant six heures, l\u2019artiste reste immobile et d\u00e9cide de se soumettre enti\u00e8rement au public. 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