Nus « scandaleux » de Courbet

une figure fondatrice de la modernité

Peintre au tempérament affirmé, volontiers provocateur et profondément indépendant, Gustave Courbet occupe une place centrale dans l’histoire de l’art du XIXᵉ siècle. Ambitieux, frondeur, doté d’un sens aigu de la mise en scène, il s’impose très tôt comme un artiste en rupture avec les normes établies. Auteur d’un corpus exceptionnellement vaste – plus d’un millier de peintures -, Courbet se distingue par la radicalité de ses choix esthétiques et par sa volonté constante de faire coïncider l’art avec le réel. Dès la fin des années 1840, ses tableaux s’opposent frontalement à l’académisme, à l’idéalisme hérité de la tradition classique et aux excès émotionnels du romantisme. Refusant la hiérarchie des genres qui plaçait la peinture d’histoire au sommet, il revendique la dignité des sujets ordinaires, du paysage, du monde rural et du corps humain.

Courbet se définit lui-même comme un artiste libre, nourri de la tradition mais refusant toute imitation servile. « J’ai étudié, en dehors de tout système et sans parti pris, l’art des anciens et l’art des modernes », écrit-il en 1855, affirmant une conception du réalisme fondée non sur la copie mécanique du visible, mais sur l’expression raisonnée de sa propre individualité. Cette posture, à la fois théorique et existentielle, fait de lui l’un des pères de la modernité artistique.

Gustave Courbet, Le désespéré (autoportrait), 1843-1845

Personnage public autant qu’artiste, Courbet entretient une relation conflictuelle avec le pouvoir. S’il connaît ponctuellement des succès officiels, notamment avec ses paysages dans les années 1860, il demeure farouchement opposé au régime de Napoléon III. Son engagement politique culmine lors de la Commune de Paris, où il est élu président de la Fédération des artistes. Après la Semaine sanglante, il est arrêté, emprisonné et rendu responsable – à tort – de la destruction de la colonne Vendôme. Contraint à l’exil en Suisse, ruiné et discrédité, il y meurt en 1877. Rarement un peintre aura, de son vivant, suscité autant de polémiques, d’attaques personnelles et d’incompréhensions – signe, aussi, de la puissance profondément dérangeante de son œuvre.

Plusieurs tableaux de nus illustrent parfaitement cette audace : Les Baigneuses (1853), La Femme au perroquet (1866), Le Sommeil (1866) ou L’Origine du monde (1866). Chacun d’eux a provoqué un scandale à sa manière, marquant l’histoire de l’art et de la censure.

Les Baigneuses

Avec Les Baigneuses, exposé au Salon de 1853, Courbet franchit un seuil décisif : c’est son premier nu accepté officiellement, au moment même où il commence à s’imposer sur la scène artistique française. Médaillé, soutenu par certains notables et désormais admis sans réserve par le jury, il se sent en position de force. Depuis l’année précédente, il s’est résolument engagé dans le nu, conscient que ce terrain est celui où se jouent les hiérarchies artistiques et le scandale. Courbet sait parfaitement que Les Baigneuses feront du bruit – il l’annonce lui-même dans ses lettres – et assume cette stratégie de conquête, parlant d’« empiéter » sur le territoire de l’art officiel.

Gustave Courbet, Les Baigneuses, 1853, Musée Fabre, Montpellier

Le tableau représente deux femmes dans un paysage : l’une sortant de l’eau, vue de dos, offre au regard un corps massif, sans idéalisation, les fesses en partie couvertes d’un linge blanc retenu d’une main. Elle semble adresser un salut à la deuxième, assise, en train de s’habiller, et dont le visage exprime une sorte de gêne.

La scène s’inscrit dans un cadre naturel concret, presque banal (au bord d’un cours d’eau), très éloigné des décors mythologiques ou allégoriques traditionnellement associés au nu.

Ce choix est fondamental : Courbet ne cherche pas à ennoblir le corps féminin par le récit ou le symbole, mais à l’ancrer dans le réel, dans un monde familier et terrestre. La nudité choque moins par ce qu’elle montre que par la manière dont elle est montrée : la chair est lourde, tangible, modelée par une peinture épaisse, sans lissage ni idéal académique.

Lors de l’ouverture du Salon, le 15 mai 1853, l’hostilité critique est immédiate et quasi unanime. Le tableau, pourtant accroché à hauteur des yeux et bénéficiant d’un emplacement favorable, est violemment attaqué. Les reproches portent sur la « grossièreté » du nu, la nature jugée négligée de la scène, et surtout sur l’inadéquation entre le sujet et le format monumental, traditionnellement réservé à l’histoire, à la religion ou aux figures héroïques. Dans une formule restée célèbre, un critique tourne en dérision la figure vue de dos, assimilée à une Vénus grotesque, soulignant à quel point Courbet heurte les canons du bon goût de son temps.

Ce scandale révèle un déplacement majeur : le problème n’est pas le nu en soi, mais le point de vue du peintre. Là où Ingres ou les héritiers du néoclassicisme proposent des corps idéalisés, abstraits de toute réalité sociale, Courbet montre des femmes ordinaires, issues du monde rural, des corps qu’il connaît et qu’il refuse d’embellir. Ce réalisme brutal introduit ce que beaucoup de contemporains perçoivent comme du « vulgaire » dans un espace jusqu’alors sacralisé par l’art. En cela, Les Baigneuses rompent frontalement avec la hiérarchie des genres et annoncent une modernité où le corps contemporain, sans masque ni alibi, revendique sa place dans la grande peinture.

Malgré – ou à cause de – la violence des critiques, l’œuvre trouve un soutien décisif : elle est achetée par un collectionneur et ami de Courbet. Cet achat assure à l’artiste une indépendance financière et symbolique, et confirme que le scandale peut aussi être un levier de reconnaissance. Avec Les Baigneuses, Courbet affirme pour la première fois, sur la scène officielle du Salon, que le réel – dans sa matérialité la plus directe – peut rivaliser avec les sujets les plus nobles. Ce nu inaugural pose ainsi les fondations des affrontements esthétiques à venir, qui culmineront avec Le Sommeil et, plus radicalement encore, avec L’Origine du monde.

La Femme au perroquet : le nu féminin dans le quotidien, un défi frontal à l’académisme

Gustave Courbet, La femme au perroquet, 1866, Musée Fabre, Montpellier

Avec La Femme au perroquet, Courbet poursuit sa volonté de représenter la nudité sans alibi mythologique ni justification narrative. Présentée au Salon de 1866, l’œuvre provoque immédiatement des réactions violentes. À première vue, le format monumental et la pose allongée pourraient laisser croire à un sujet noble, peut-être mythologique, conformément aux attentes académiques. Or Courbet détourne volontairement ces codes : la femme représentée n’est ni Vénus ni allégorie, mais une figure résolument contemporaine, « une femme de notre temps », comme le souligne l’un de ses plus fidèles défenseurs. C’est précisément cette absence de prétexte qui choque.

Le corps féminin apparaît à taille réelle, abandonné sur un matelas vert à peine couvert d’un drap froissé. La pose, loin de toute élégance académique, est jugée relâchée, presque indécente. Les cheveux, étalés librement, rompent avec les conventions du nu idéalisé, tout comme la robe noire rejetée au premier plan, qui suggère un déshabillage récent et non ritualisé. La critique dénonce un « manque de goût », pointant une nudité trop directe, trop terrestre, trop éloignée des canons enseignés par les Beaux-Arts. Pourtant, Courbet assume pleinement cette frontalité : après Les Baigneuses en 1853, il s’agit de son second nu accepté au Salon, et il sait parfaitement le scandale qu’il suscite.

Le perroquet, élément central et troublant de la composition, joue un rôle ambigu. Héritier lointain de symboles mythologiques liés au désir, il est ici privé de toute fonction narrative claire. Il devient une présence sensuelle, presque tactile, avec laquelle la femme interagit librement. Loin de toute spiritualisation du corps, la scène revendique une sensualité concrète, immédiate, fondée sur le contact, la couleur et la matière. Courbet transforme ainsi l’érotisme en expérience picturale : la jouissance n’est pas seulement suggérée par le sujet, elle se manifeste dans la peinture elle-même.

La force du tableau tient précisément à cette transposition plastique de la sensualité. Courbet évite l’écueil de la vulgarité illustrative en concentrant l’attention sur le travail de la couleur, des textures et de la lumière. Le clair-obscur met en valeur la peau fine du modèle, animée par des glacis délicats de roses et de bleus pâles qui donnent l’impression d’une chair vivante, presque palpitante. En contraste, les tentures sombres et épaisses, traitées avec une matière dense, créent un effet de huis clos et plongent le spectateur dans une intimité troublante, comme s’il surprenait une scène privée. Le perroquet, quant à lui, concentre sur son plumage toute l’intensité chromatique de la toile, devenant une sorte de foyer sensoriel où se cristallisent les désirs et les regards.

Enfin, la chevelure rousse de la femme constitue un véritable manifeste pictural. Par le jeu des reflets, des mèches emmêlées et des touches vibrantes, Courbet livre un morceau de bravoure qui affirme sa maîtrise technique autant que sa liberté artistique. La Femme au perroquet rejette ainsi la peinture académique non par la provocation gratuite, mais par la démonstration qu’un nu contemporain, débarrassé de toute idéalisation, peut atteindre une intensité esthétique et une subtilité plastique équivalentes – sinon supérieures – aux modèles traditionnels.

Courbet, Le Réveil ou Vénus et Psyché, 1864, refusée au Salon

En 1864, Vénus et Psyché, également appelée Le Réveil, est refusée par le jury du Salon au motif que Courbet ne respecte pas les conventions du sujet mythologique. Bien que le perroquet renvoie à un imaginaire symbolique ancien, le peintre remplace la figure traditionnelle d’Éros par une seconde femme nue, transgressant ainsi les codes établis. L’œuvre a depuis disparu, probablement détruite lors d’un incendie à Berlin à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Le Sommeil : l’érotisme explicite et l’homosexualité implicite

Gustave Courbet, Le Sommeil, 1866, Petit Palais, Paris

Le Sommeil montre deux femmes nues enlacées sur un lit défait, plongées dans un sommeil lourd qui suggère l’abandon après l’étreinte. Courbet y représente les corps sans idéalisation : la chair est dense, sensible, rendue avec un réalisme presque tactile. Chaque courbe paraît peser, respirer, exister pleinement. L’intimité de la scène, douce en apparence, est pourtant chargée d’une sensualité explicite, renforcée par l’enlacement des corps et par les nombreux indices laissés autour d’elles. Ce nu double est perçu comme profondément provocateur, non seulement par sa frontalité, mais surtout par l’érotisme lesbien qu’il suggère – un thème quasiment absent de l’art officiel du XIXᵉ siècle.

L’œuvre est réalisée en 1866 à la demande du diplomate ottoman Khalil-Bey, grand collectionneur d’art moderne et amateur de peintures érotiques (qui avait également acquis le Bain turc d’Ingres). Courbet lui vend la même année Le Sommeil et L’Origine du monde. Dans cette commande privée, le peintre transpose librement le langage de l’orientalisme du sérail, mais en l’inscrivant dans l’atmosphère confinée et luxueuse d’une chambre occidentale. Tentures, objets précieux, verrerie et mobilier évoquent un intérieur raffiné, propice à l’intimité, loin de toute scène mythologique ou allégorique.

Jean Auguste Dominique Ingres, Le Bain turc, 1862, Louvre

La composition, horizontale, met en scène deux figures contrastées. À gauche, une femme brune est saisie partiellement de dos, dans une torsion du corps qui expose ses jambes et son dos, tandis qu’à droite, une femme rousse apparaît davantage de face, tournée vers sa compagne. Les deux poitrines sont également éclairées, mais la différence de carnation et de chevelure accentue la dualité des corps. La femme rousse maintient la jambe de la femme brune sur sa hanche, geste à la fois tendre et charnel. Des détails disséminés sur le lit – bijoux abandonnés, perles, épingle à cheveux, robe rejetée – évoquent clairement un repos après l’acte amoureux. Même plongées dans l’inertie du sommeil, les amantes semblent encore habitées par l’intensité de l’étreinte passée.

Courbet, formé par la copie des grands maîtres, dialogue ici avec la tradition du nu féminin, notamment avec Titien et Rembrandt, tant par la richesse des carnations que par le jeu de la lumière sur la peau. Comme Manet l’avait fait avec Olympia en 1863, il oppose deux types de beauté féminine, sans hiérarchie morale ni esthétique. Toutefois, là où l’histoire de l’art plaçait presque toujours la femme sous le regard et le désir masculins, Courbet ose une scène d’amour exclusivement féminine, sans médiation masculine, ce qui confère à l’œuvre une charge subversive exceptionnelle.

Pour mesurer pleinement cette audace, il faut rappeler qu’au XIXᵉ siècle, l’homosexualité féminine est de plus en plus perçue par les discours médicaux comme « une déviance » ou une pathologie. Dans ce contexte, la représentation d’un amour lesbien paisible, sensuel et souverain ne pouvait qu’apparaître comme un affront à l’ordre moral et social du Second Empire. Sans être un manifeste féministe au sens strict, Le Sommeil met en crise la domination masculine qui structure alors aussi bien la société que le monde de l’art.

L’œuvre échappe cependant à la censure officielle, précisément parce qu’elle est conçue pour une collection privée. Courbet n’envisage d’ailleurs probablement jamais de la présenter au Salon, conscient qu’un tel tableau aurait suscité un refus encore plus virulent que celui opposé à sa Vénus et Psyché en 1864. Après la dispersion de la collection Khalil-Bey en 1868, Le Sommeil passe entre plusieurs mains prestigieuses avant d’entrer dans les collections du Petit Palais en 1953. Si le scandale est longtemps resté étouffé par la sphère privée, l’œuvre n’en a pas moins alimenté, dès sa création, les cercles artistiques et littéraires parisiens, renforçant l’image d’un Courbet provocateur, libre et résolument indifférent aux conventions morales de son temps. La critique accuse Courbet de « vulgarité », mais l’œuvre influence durablement la peinture de nus moderne, ouvrant la voie à des représentations plus directes du corps féminin.


Le Sommeil (également intitulé Les Deux amies) s’inspire du poème « Femmes damnées (Delphine et Hippolyte) », l’une des six pièces des Fleurs du Mal que la justice imposa de retirer dans l’édition expurgée du recueil.

Ce livre de poésie affirme avec force la volonté d’« extraire la beauté du mal ». Il constitue une synthèse exemplaire d’une rébellion contre le monde et sa morale dominante, d’une adhésion romantique à la figure de l’artiste « maudit », ainsi que d’une descente volontaire en enfer – à travers l’alcool, la drogue et la sexualité – afin d’échapper à l’aliénation des comportements codifiés par la société.

Cette quête de liberté dans l’éphémère, le péché et l’interdit caractérise la quasi-totalité des avant-gardes des XIXᵉ et XXᵉ siècles, notamment le dadaïsme, le surréalisme, la culture rock, mais aussi les mouvements de jeunesse apparus après 1945.


Henri de Toulouse-Lautrec, Les deux Amies, 1895

Le Sommeil de Courbet trouve un écho direct dans Les Deux amies de Toulouse-Lautrec, œuvre qui prolonge la représentation d’une intimité féminine située en marge des normes sociales. Là où Courbet suggère une échappée hors du monde par l’abandon du corps et du rêve, Toulouse-Lautrec s’attache au quotidien des femmes des maisons closes, milieu qu’il connaissait intimement pour l’avoir longuement fréquenté et même habité. Son regard se distingue par l’absence de voyeurisme : plus que l’érotisme, ce sont la douceur des gestes et la proximité des corps qui dominent, révélant des relations de solidarité et de tendresse entre ces femmes. À travers cette affection partagée, l’artiste met en lumière une forme de refuge affectif, peut-être le seul espace où ces pensionnaires trouvaient une humanité et une chaleur que leurs rapports avec les clients ne leur offraient pas.

Egon Schiele, Deux Amies, 1915, Musée des Beaux-Arts de Budapest

Avec Les Deux amies, Egon Schiele pousse plus loin encore la voie ouverte par Courbet dans Le Sommeil. Au début du XXᵉ siècle, l’homosexualité féminine suscite à Vienne un vif intérêt, notamment après la redécouverte de Toulouse-Lautrec, mais Schiele s’en empare avec une frontalité radicale, sans atténuation ni détour. La composition, vue en plongée et privée de tout décor identifiable comme le lit, donne l’impression que les corps flottent dans l’espace, presque en suspension. Cette impression d’irréalité contraste avec la matérialité saisissante des figures, rendues avec une intensité charnelle brute. L’une des femmes, à demi vêtue, soutient le regard du spectateur avec une audace assumée et s’avance vers sa compagne dans un geste sans ambiguïté. Là où Courbet suggérait l’évasion par le sommeil et l’abandon, Schiele affirme une intimité directe, dérangeante, qui confronte le regardeur à la liberté du désir.

L’Origine du monde : le choc frontal de la nudité

Gustave Courbet, L’origine du monde, 1866, Musée d’Orsay

L’Origine du monde demeure l’ultime scandale de Courbet et l’une des œuvres les plus audacieuses de l’histoire de la peinture. Réalisée en 1866 sur commande privée du diplomate turco-égyptien Khalil-Bey, la toile présente en gros plan le sexe d’une femme allongée sur un lit, les cuisses écartées, sans aucun artifice mythologique ou symbolique. Courbet refuse ici toute idéalisation : la chair est rendue avec un réalisme quasi clinique, détaillant le pubis, la fente vulvaire et les formes charnelles, tandis que les seins sont partiellement couverts par un drap blanc. Le cadrage serré exclut la tête et le reste du corps, concentrant l’attention sur la zone intime et soulignant l’audace de la composition. En arrière-plan, un triangle brun met en valeur le sujet et renforce le contraste avec la chair lumineuse.

Cette œuvre s’inscrit dans le prolongement de la démarche de Courbet, qui avait déjà exploré le nu féminin avec Les Baigneuses et Le Sommeil. Ici, le peintre transpose sa maîtrise de la couleur, du clair-obscur et du modelé anatomique au service d’une représentation frontale et inédite de la sexualité féminine. Le réalisme de Courbet, revendiqué comme un refus de toute tromperie picturale, repousse les limites du présentable et confronte directement le spectateur à l’intimité du corps. La référence aux maîtres anciens est manifeste : Titien, Véronèse et le Corrège inspirent la sensualité de la touche, la richesse des carnations et la composition charnelle.

Le tableau ne quitte pas la sphère privée et circule seulement sous le manteau. Khalil-Bey le conserve derrière un rideau, ne le dévoilant qu’à quelques visiteurs choisis. La frontalité du nu, l’absence totale de prétexte mythologique et l’extrême précision anatomique font de L’Origine du monde un objet de fascination et de scandale immédiat.

Après la dispersion de la collection de Khalil-Bey, le tableau passe entre plusieurs mains, avant d’entrer au musée d’Orsay en 1995. Malgré sa célébrité, il conserve une aura de mystère et continue de fasciner le public, symbole d’une audace picturale inégalée. L’œuvre questionne sans cesse le regard : confrontée directement à l’anatomie féminine, elle oblige le spectateur à reconnaître la présence charnelle de la femme et à réfléchir à la place de la sexualité dans l’art.

 L’Origine du monde n’est pas seulement un tableau scandaleux par sa nudité : c’est l’aboutissement de la réflexion de Courbet sur le nu féminin, la chair et la liberté artistique. Il incarne l’audace d’un peintre qui, dans la France du Second Empire, ose montrer le corps et la sexualité tels qu’ils sont, défiant conventions et moralité, tout en s’appuyant sur la tradition pour affirmer une modernité assumée. Le tableau devient ainsi le symbole absolu du scandale et de la liberté créatrice de Courbet.


L’Origine du monde a exercé une influence considérable sur l’art et la culture contemporaine, inspirant peintres, plasticiens, écrivains et cinéastes. La plasticienne Orlan s’en est inspirée en 1989 pour créer L’Origine de la guerre, pendant masculin et féministe de Courbet. Bettina Rheims reprend en photographie le tableau dans Le Livre d’Olga (2008), tandis que Deborah De Robertis a réactivé sa charge provocatrice par des performances publiques devant l’œuvre. Plusieurs écrivains ont placé le tableau au cœur de romans explorant désir, transgression et fascination. Ces multiples ré-appropriations témoignent de l’impact durable de Courbet : L’Origine du monde continue de questionner le regard, la sexualité et la représentation du corps, affirmant sa place comme icône incontournable de la modernité artistique.

Courbet et le scandale : un réalisme provocateur

Ces œuvres partagent un point commun : Courbet refuse toute justification mythologique, allégorique ou symbolique pour ses nus. Alors que l’histoire de l’art avait jusqu’ici encadré la représentation féminine dans un idéal, un mythe ou une déesse, Courbet impose une nudité vécue, incarnée, incarnant à la fois le désir et la réalité du corps humain. Cette audace provoque le scandale, mais ouvre également la voie à l’art moderne, inspirant des générations d’artistes, de Manet à Picasso, pour qui le nu cesse d’être un simple objet idéal et devient un terrain de confrontation esthétique, sociale et morale.

Le scandale ne réside donc pas dans la maîtrise technique de Courbet, impeccable, mais dans sa capacité à dire le réel dans sa crudité, à montrer la chair, le désir et la sexualité sans masque, sans prétexte. Dans le Paris du Second Empire, ces tableaux apparaissent comme autant de manifestes contre l’hypocrisie et l’académisme, et ils continuent, aujourd’hui encore, à fasciner et à provoquer.

Sources :

1. Wikipédia

2. Les grands scandales de la peinture, Larousse, 2025

3. Paradis interdits, Citadelles et Mazenod, 2025


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