une série en cinq variations
Cette série prolonge ma recherche autour du portrait en la déplaçant vers une question plus large : comment se construit l’image que nous avons de nous-mêmes ?
Alors que mes travaux précédents s’attachaient à explorer l’intériorité à travers le regard d’enfants, ces œuvres abandonnent la représentation directe du visage. L’identité n’y apparaît plus comme une image unique, mais comme une construction progressive, façonnée par les regards des autres, les souvenirs, les objets, les traces et les expériences qui s’accumulent au fil du temps.
Chaque création propose un portrait par procuration. Je n’y suis jamais représentée frontalement. Mon image est reconstruite à travers différents points de vue : celui de ma fille, de mon conjoint, de personnes qui m’ont connue autrefois, du monde social, puis enfin le mien. L’ensemble forme une série de variations où chaque œuvre révèle une facette différente d’une identité toujours inachevée.
Pour ce projet, la peinture laisse place à des dispositifs mêlant dessin, collage, gravure, assemblage et objets. Ces matériaux ne sont pas utilisés comme de simples éléments plastiques : chacun porte une mémoire particulière. Lettres d’enfant, photographies anciennes, miroir fragmenté, cordes de violon ou pages de publications scientifiques deviennent les fragments d’un récit où se rencontrent mémoire intime, histoire personnelle et regard des autres.
Le fond noir, commun à toute la série, agit comme un espace de projection. Il unifie les œuvres tout en laissant apparaître les différentes strates qui composent chaque portrait. Les superpositions, les transparences et les matériaux traduisent une identité qui ne cesse de se transformer.
Cette série interroge ainsi le portrait non comme représentation d’un visage, mais comme construction d’une présence. L’identité y apparaît moins comme une réalité stable que comme un processus, constamment remodelé par le temps, la mémoire et les relations qui nous constituent.
Vue par ma fille, Maman aimée

Vue par mon conjoint, Trajectoire vibrante –

Vue par les anciens proches, Miroir effacé –

Vue par le monde social, Panoptique social –







Auto-portrait personnel, Esquisse en processus –

Techniques mixtes sur carton noir 50 × 50 cm, 2026
Au terme de cette série, l’auto-portrait n’apparaît pas comme une image définitive de soi, mais comme le résultat toujours provisoire d’une construction. Les regards des autres, les souvenirs, les objets et les expériences ne s’additionnent pas : ils se répondent, se contredisent parfois, et participent ensemble à une identité en perpétuelle transformation.
Ces (Auto)-portraits par procuration proposent ainsi moins une représentation qu’un cheminement. Ils interrogent le portrait comme espace de mémoire, de relation et de projection, où l’image ne révèle pas seulement un visage, mais la complexité de ce qui le constitue.